Les «vérités» du gouvernement intérimaire
En visite en France, le ministre des Affaires étrangères a tenu hier à Paris une conférence de presse après avoir été reçu au Quai d'Orsay et à l'Elysée. A Bruxelles, on ne souhaite pas pour le moment sa présence.
AFIN de «rétablir la vérité» sur ce qui se passe «réellement» dans son pays, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Jérôme Bicamumkapa, vient de débuter une tournée «d'explications» en Europe. Première étape, Paris, où après avoir été reçu à l'Elysée et au Quai d'Orsay, il a tenu jeudi après-midi une conférence de presse. Juste avant le début de celle-ci, on avait pris soin de faire distribuer aux journalistes français et belges présents une «note sur la crise au Rwanda». Une «note» de six pages pouvant en fait être résumée en une seule phrase: le Front patriotique rwandais (FPR), aidé par une puissance étrangère - l'Ouganda-, est responsable de A jusqu'à Z des événements tragiques qui secouent le pays.
Interrogé par «l'Humanité» sur le rapport d'Amesty International accusant «les membres des forces de sécurité, la garde présidentielle, la gendarmerie et certaines unités de l'armée rwandaise» d'avoir perpétré les massacres ayant fait près de 100.000 morts, la réponse du ministre a été quelque peu surprenante: «Soyons sérieux, la garde présidentielle est composé de 400 hommes. Comment 400 hommes peuvent-ils être responsables de près de 100.000 morts dans tout le pays?...»
Rappelant au ministre que d'autres forces gouvernementales étaient soupçonnées, le ton a quelque peu changé: «La crédibilité d'Amnesty International est en jeu! Ce sont des accusations non fondées. Pourquoi ne parle-t-on pas des 20.000 personnes massacrées par le FPR dans le nord du pays?» Plus tard, il devait affirmer du bout des lèvres que certains militaires auraient pu participer à certains massacres. Mais il s'empressait de préciser que son «gouvernement a tout fait pour faire cesser les affrontements au sein de la population. Il reste quelques cas isolés, mais cela peut se comprendre, c'est la guerre». Guerre qui sert aujourd'hui à justifier les exactions contre tous ceux - Hutus et Tutsis confondus - s'opposant à un gouvernement réfugié dans le sud du pays...
En fait de «tournée d'explication», il s'agit surtout de convaincre les médias de ne pas se laisser prendre au piège de «la campagne d'intoxication du FPR». Lorsque nous avons demandé au ministre s'il avait demandé une aide à la France, le ministre a aussitôt rétorqué: «C'est le peuple rwandais qui s'aide lui-même, avec ses propres armes. Mais si la guerre continuait, nous prendrions toutes nos dispositions.» Puis vint le couplet sur le rôle des journalistes européens qui, selon le ministre, «schématisent un peu trop»: «Si vous ne dites pas que le FPR a violé les accords d'Ashura, vous n'aidez pas le peuple rwandais, vous n'aidez pas à garantir les droits de l'homme dans notre pays. Vous faussez le jeu.»
Cette «franchise» n'a pas résisté aux questions suivantes. «Par qui avez-vous été reçu en France?», demandait un confrère. «J'ai été reçu à l'Elysée et au Quai d'Orsay.» «Oui, mais par qui?» Réponse: «Ce ne sont pas les hommes qui sont importants, ce sont les institutions», tout en ajoutant qu'il «était normal que nous soyons reçus». Par qui, on ne le saura pas, preuve que la France officielle n'entend pas faire beaucoup de publicité à cette visite... Comme devait le noter nos confrères belges, on ne montre pas le même empressement à Bruxelles. Mais il est vrai, comme devait le souligner le ministre, que «certains milieux belges sont intoxiqués» par la propagande du FPR...
LAURENT FLANDRE.


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