L'espoir d'un renouveau pour l'Afrique
Marc PULLMANN | 05/05/1997 | Archives
Marianne

Comme la crise zaïroise sonne le glas d'une certaine politique africaine de la France, beaucoup de nos responsables politiques et de nos commentateurs ont tendance à y voir un malheur pour l'Afrique. Mais le contraire est sans doute vrai: le drame du Zaïre peut annoncer un renouveau qui donnera au continent noir de meilleures chances d'être autre chose qu'un continent maudit.


Le premier indice tient à l'émergence de l'Afrique du Sud. A l'époque de l'apartheid, son influence restait faible malgré son poids économique. Les chefs d'Etat africains l'avaient mise en quarantaine, l'Europe la boudait et les Etats-Unis, où 30 millions de citoyens sont noirs, étaient obligés de faire preuve d'hostilité.


Maintenant, l'Afrique du Sud jouit d'une véritable cote d'amour aux Etats-Unis, des entreprises américaines s'y implantent et, surtout, les entreprises sud-africaines se sentent suffisamment sûres d'elles-mêmes pour étendre, désormais, leur emprise dans des pays voisins.


Nul doute qu'elles exerceront une forte attraction sur les compagnies minières qui, actuellement, végètent au Zaïre, si bien qu'une fois la paix revenue on peut supposer que les investissements afflueront. Un autre indice tient à la reconversion d'anciens leaders révolutionnaires devenus chefs d'Etat.


M. Kabila, qui mène la rébellion zaïroise, est proche d'eux. Il les a connus à Dares-Salaam, en Tanzanie, où les actuels présidents du Burundi, de l'Erythrée, de l'Ouganda, du Rwanda et de la Tanzanie fréquentaient l'université. Le chef de la guérilla du Sud-Soudan, le fameux colonel John Garang, est également l'un de leurs condisciples.


Les hommes ont en commun d'avoir été maoïstes, puis d'avoir dirigé des rébellions. Maintenant, la plupart d'entre eux sont au pouvoir. Ils ne comptent plus sur la Chine et sur la Russie. Comme ils rejettent les anciennes puissances coloniales, c'est plutôt vers les Etats-Unis qu'ils ont tendance à se tourner.


La France connaît ainsi une sorte de purgatoire. Mais les rancoeurs n'ont qu'un temps. Ce qui sera bon pour l'Afrique sera, tôt ou tard, bon pour nous.