Rwanda: l'incompétence française
ÉLISABETH LÉVY | 27/04/1998 | Archives
Marianne

C'est la faute à la France. C'est la faute aux Américains. C'est la faute à l'ONU... Quatre ans après le génocide au Rwanda, la France s'offre un examen de conscience médiatico-parlementaire qui hésite entre auto-flagellation et autosatisfaction. Pour les uns, elle est responsable de tout. Pour les autres, à commencer par les responsables qui se sont succédé devant la mission d'information, elle n'est coupable de rien.


La réalité est moins claire. Certes, à partir de 1990, Paris s'est laissée entraîner dans le soutien aveugle au régime ethnique de Juvénal Habyarima-na qui allait devenir criminel. «Nous pensions le faire évoluer», ont clamé les dirigeants de l'époque. Et c'est sans doute vrai. Certes, notre pays a équipé et entraîné une armée rwandaise qui allait ensuite superviser le génocide. Un aveuglement au moins égal à celui de l'ONU qui, quelques jours après le début des massacres, retirait l'essentiel de ses troupes. Certes, l'amitié prêtée au fils du président rwandais pour Jean-Christophe Mitterrand - et que celui-ci dément - ne fait pas partie, si elle est vraie, des pages les plus glorieuses de la République. Certes, l'Opération Turquoise a failli tourner à la catastrophe: de nombreux militaires souhaitaient que l'on fasse la guerre au Front patriotique rwandais, ce qui aurait conduit nos soldats à travailler main dans la main avec les «génocidaires». Et certains ont sciemment permis aux coupables de s'échapper au Zaïre. Mais, finalement, Turquoise a sauvé des vies.


Alors, sans doute est-il légitime de refuser de laisser le champ libre aux seuls Américains en Afrique. Encore faut-il comprendre où sont nos intérêts et quels sont les meilleurs moyens de les défendre. C'est avant tout d'incompétence que nous devrions accuser les dirigeants français qui se sont laissés piéger dans une situation à laquelle ils ne comprenaient rien.