MERCI, «MARIANNE», POUR CETTE VÉRITÉ
Bernard Debré | 10/04/2000 | Archives
Marianne
Une longue expérience de l'Afrique aide à en comprendre les conflits et les drames. Et à saisir la vérité au-delà des chapelles médiatiques.


Je suis heureux de voir que Marianne révèle la vérité sur le Rwanda. Connaissant l'Afrique depuis vingt-cinq ans, m'étant rendu au Rwanda avant le déclenchement de la guerre, j'y suis retourné pendant l'opération Turquoise; étant ministre de la Coopération, je me suis investi dans les négociations entre Tutsis et Hutus au Burundi. J'ai même réussi, de façon éphémère, à faire signer un accord de paix entre les deux ethnies en 1995, à Bujumbura.


Pendant mon séjour au ministère, j'ai essayé de comprendre ce qui s'était passé dans cette région des Grands Lacs. C'est pourquoi j'ai écrit un livre, le Retour du Mwami, qui expliquait la façon dont les Tutsis de Paul Kagamé, aidés par les Ougandais et les Américains, avaient pris le pouvoir. J'ai détaillé dans mon livre, et plus même lors de mon audition par la commission Quilès à l'Assemblée nationale, les dessous de l'attentat qui a déclenché le terrifiant massacre par les Hutus des Tutsis rwandais.


J'ai donné tous les détails des messages qui se sont échangés entre l'état-major tutsi et les corps d'armée, demandant aux forces armées tutsies de Paul Kagamé de se tenir prêtes à faire mouvement vers Kigali, alors même que l'attentat perpétré contre l'avion du président rwandais n'avait pas encore eu lieu. Il aurait lieu dix heures plus tard. Jusqu'au départ des missiles Sam 16, utilisés pour abattre le Falcon du président hutu. Missiles récupérés sur les champs de guerre de l'Irak par les Américains et donnés aux forces ougandaises qui les ont cédés, elles-mêmes, au FPR tutsi de Paul Kagamé.


J'ai même annoncé, dans mon livre, la conquête du Kivu, où vivaient les Banyamulengués, Tutsis émigrés en provenance du Rwanda et du Burundi.


Pourquoi, dès lors, aura-t-il fallu attendre cinq longues années pour commencer à connaître la vérité ?


De Libération au Figaro, la thèse «officielle» a toujours été reprise par l'ensemble des médias. La France devait être tenue pour coupable, quoi qu'il advînt.


La vérité, qui est connue de tous désormais, n'excuse certainement pas les massacres ni n'exonère les Hutus de leurs propres crimes. Mais les Tutsis en ont, pour leur part, commis d'autres. Le Rwanda comme le Burundi se retrouvent maintenant, et pour longtemps - n'en doutons pas -, sous le joug des Tutsis. Ainsi va le monde.