Chirac : Out of Africa
Le 15/02/2007 à 0 h 00 - par Alexis Meyran
Le 24ème Sommet France-Afrique se tient à Cannes les 15 et 16 février. Une occasion pour « Chirac l'Africain » de tirer sa révérence devant ses pairs et impairs en Afrique.
Ils seront nombreux à Cannes, lors du 24ème Sommet France-Afrique, pour voir le président français leur faire ses adieux. 48 délégations représentant autant de pays, une quarantaine de chefs d'Etat, ainsi qu'Angela Merckel (présidente en exercice de l'UE et du G8), évoqueront les crises au Darfour et en Guinée, et deviseront sur le thème de «l'Afrique et l'équilibre du monde», c'est à dire l'absolue nécessité d'intégrer l'Afrique à la mondialisation, et réciproquement. Lors du Forum «Afrique-Avenir», le 12 février, qui faisait se rencontrer une soixantaine de personnalités africaines, symboles de réussite dans tous les domaines, Jacques Chirac résumait cet enjeu: «Le monde a besoin de l'Afrique comme l'Afrique a besoin du monde».
Dans le livre d'entretiens que le président français a accordés à Pierre Péan, dont Marianne (n°512) reprend quelques extraits, on peut lire de Chirac à propos des Africains, qu'«après avoir volé leur culture, on a volé leurs ressources, leurs matières premières…». C'est là toute l'ambiguïté du positionnement de «Chirac l'Africain». Amoureux transi de ce continent, il n'en a pas moins été, comme ses prédécesseurs, l'héritier de la politique africaine amorcée par De Gaulle, caractérisée par une personnalisation des rapports avec des chefs d'Etat peu fréquentables, la sauvegarde des intérêts économiques et stratégiques de la France au prix de dérives barbouzardes et de plusieurs scandales , tout ceci au détriment du développement du continent.
Si les amis de Chirac, Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Idriss Déby (Tchad) et consort seront présents à Cannes, l'absence de certains chefs d'Etat symbolise les errements de cette politique africaine. Celle de Laurent Gbagbo d'abord, reflet de l'échec personnel du président français à gérer rationnellement la crise ivoirienne. Autre absence remarquée, celle de Paul Kagamé, dont le pays, le Rwanda, a coupé ses liens diplomatiques avec la France. Enfin, l'Afrique du Sud, poids lourd du continent, ne sera pas non plus représentée à Cannes en la personne de son président, les relations entre Chirac et Thabo Mbeki n'étant pas au mieux depuis que le premier avait ouvertement critiqué la médiation du second en Côte-d'Ivoire.
L'Afrique a-t-elle besoin d'une France qui la considère toujours comme son pré carré, malgré son évidente perte d'influence sur le continent, au profit des Etats-Unis, et aujourd'hui de la Chine? Les deux favoris des sondages pour la course à l'Elysée veulent se démarquer de cette idée.
Lors de sa tournée africaine, en mai 2006, Sarkozy, avait émis le souhait d'en finir avec des «réseaux d'un autre temps». Allant même jusqu'à affirmer que la France «n'a(vait) pas économiquement besoin de l'Afrique». Quant à Ségolène Royal, dans une interview donnée au journal Témoignage chrétien, elle fustige de manière explicite la politique africaine de Chirac et propose de soumettre au contrôle du parlement les accords de défense qui ont récemment conduit des soldats français à participer à des combats en Centrafrique et au Tchad; même si un passage évoquant «les amitiés personnelles au détriment de l'intérêt général» qui renvoie aux Africains l'image d'un pays associé «aux régimes les plus contestables du continent», a été démenti par le staff socialiste.
Là aussi, en ce qui concerne la Françafrique, 2007 pourrait être l'année de la rupture.