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Mise à jour :
16 novembre 2022 Anglais

Un affrontement aurait opposé des soldats gouvernementaux à des membres du Front patriotique à l'Ouest du pays, à quelques kilomètres à peine des positions françaises

Fiche Numéro 29807

Numéro
29807
Auteur
Amar, Paul
Auteur
Duquesne, Benoît
Auteur
Staes, Isabelle
Auteur
Boussié, Laurent
Date
27 juin 1994
Amj
19940627
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures
Titre
Un affrontement aurait opposé des soldats gouvernementaux à des membres du Front patriotique à l'Ouest du pays, à quelques kilomètres à peine des positions françaises
Soustitre
Le capitaine Barril affirme par ailleurs détenir la boîte noire du Falcon 50 abattu le 6 avril dernier par deux roquettes.
Taille
37336 octets
Nb. pages
6
Source
Fonds d'archives
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
FR
Résumé
- Au Rwanda, la mission de l'armée française se déroule comme prévu, sans accroc. Mais la situation reste fragile. Un affrontement aurait opposé des soldats gouvernementaux à des membres du Front patriotique à l'Ouest du pays, à quelques kilomètres à peine des positions françaises.
- Benoît Duquesne : "Ces accrochages ont beaucoup surpris les militaires français, dont le colonel Rosier. Il y a donc eu des affrontements en fin de matinée et tout l'après-midi près de la ville de Kibuye, c'est-à-dire là où se trouve un détachement français permanent. À environ cinq kilomètres des Français les plus proches de l'endroit où ont eu lieu ces affrontements entre des gens du FPR infiltrés et puis ce qu'on appelle la défense civile ici. C'est surprenant parce qu'on parlait beaucoup d'infiltrations ici, sans savoir trop si c'était une peur irraisonnée ou si c'était une réalité. Ces accrochages qui ont eu lieu, s'ils sont confirmés parce que pour l'instant les militaires français n'ont eu qu'une confirmation auditive, voudraient dire d'abord que le FPR est infiltré très, très loin en territoire du gouvernement rwandais. Et que sa volonté est de couper en deux ce qu'il reste du Rwanda. C'est un petit peu ce qui inquiète les Français. D'autant qu'ils ne sont pas loin et qu'ils ne savent pas trop ce que pourra être leur attitude au cas où ils auraient à se retrouver face à face avec des gens du FPR".
- Cette information ne peut qu'accentuer la crainte des civils, qu'ils soient Hutu ou Tutsi. Surtout dans les villages où l'armée française ne peut pas se rendre. Ils restent à la merci des incursions de soldats ou de miliciens.
- Lorsqu'on s'enfonce en territoire hutu, les barrages jalonnent les pistes. Les militaires français avaient demandé qu'ils soient retirés, la consigne n'a pas été suivie. Des barrages tenus par des civils hutu : de simples villageois qui s'autorisent ainsi à contrôler les identités. On appelle ça la "défense civile".
- Mieux vaut ne pas être Tutsi. Mais circulent-ils encore dans ce secteur ? Leurs cadavres s'entassaient à ces barrages il y a encore peu de temps. Un milicien : "En fait on doit contrôler pour qu'il n'y ait pas de membres du FPR qui entrent comme ça".
- La peur des rebelles frise parfois l'irrationnel. Un villageois : - "Si c'est un Tutsi mais qui n'est pas un agent du FPR, on le laisse passer". La journaliste : - "Et si c'est un agent du FPR ?". Un autre homme répond : - "On l'achemine quand même à la préfecture, aux autorités compétentes qui sont là pour exécuter ou juger !". La journaliste : - "Exécuter ou juger ?". L'homme : - "Du moins juger. Pas exécuter".
- Dans la paroisse voisine, les Sœurs de Saint-François d'Assise vivent encadrées de militaires. La peur là aussi des rebelles. Dans la paroisse quelques orphelins. Leurs parents furent victimes du FPR. Est-ce à cause des militaires, omniprésents ? Ici en tout cas, on tente de justifier la colère des Hutu. Sœur Theresa : "La colère hutu a débordé maintenant avec la mort du Président. Et pour tout ce qui est arrivé dans les quatre ans. Tout le mal qu'on leur a fait".
- Le rôle de l'armée française consiste précisément à rassurer les populations et à se porter à leur secours. C'est toute la dimension humanitaire qu'il ne faut pas occulter. Les 1 500 hommes arrivés au Zaïre et au Rwanda faisaient état de tension aujourd'hui. Dans les camps de réfugiés tutsi, ils sont pourtant les bienvenus : ils préparent l'arrivée de l'assistance humanitaire qui doit être mise en place demain [28 juin] et permettra de soigner les 8 000 réfugiés de ce camp de Nyarushishi.
- Mais les soldats français ont déjà pénétré de 100 kilomètres à l'intérieur du territoire rwandais et se trouve à 20 kilomètres seulement de la ligne de front. C'est là qu'ils ont rencontré des réfugiés hutu qui ont fui l'avance des soldats du Front patriotique rwandais et nous montrent eux aussi le visage de la détresse.
- La progression vers l'inconnu inquiète les responsables de l'opération Turquoise. Général Raymond Germanos : "Nous ne savons pas exactement ce qui peut se passer d'une vallée à l'autre. Et c'est cela que nous recherchons à savoir pour pouvoir apporter aide et assistance".
- L'inconnu pour les militaires français, c'est peut-être des milices qui ne veulent pas se soumettre et qui sont entraînées pour lutter contre l'avance du Front patriotique rwandais. Il serait facile de les désarmer mais les soldats français ont ordre de ne pas engager le combat.
- Les militaires français ont réussi à évacuer un blessé de la capitale Kigali. Ils l'ont conduit aujourd'hui même à Goma. C'est la première évacuation humanitaire effectuée par des soldats de l'armée française. Mais ces opérations sont périlleuses.
- La pression reste forte en effet autour de Kigali, pression exercée par le Front patriotique qui pilonne chaque jour la ville. La Croix-Rouge elle-même a le plus grand mal à sauver les blessés.
- Quelques coups de canons, quelques rafales de mitrailleuses. Une journée banale à Kigali avec son lot d'horreur, de désespoir. Et pour la première fois depuis longtemps de bonnes nouvelles. L'horreur, c'est cet obus qui est tombé sur les réfugiés de la paroisse de la Sainte-Famille tuant cinq personnes. Le désespoir, c'est celui de ces blessés qui s'entassent par centaines dans l'hôpital de la Croix-Rouge. La bonne nouvelle, c'est l'évacuation pour la première fois depuis plusieurs jours de 45 personnes de l'hôpital du centre-ville, situé en zone gouvernementale, vers l'hôpital King Fayçal situé, lui, en zone FPR. Ces malades auraient dû être évacués hier. Mais à cause des bombardements, ils ont dû passer la nuit dans les camions.
- Militairement la situation se stabilise : les dernières offensives du FPR semblent s'être brisées sur les défenses des soldats gouvernementaux.
- Si la haine s'est réveillée dans ce pays, si des massacres atroces ont eu lieu, c'est parce qu'un attentat s'était produit le 6 avril dernier à Kigali, contre l'avion où se trouvaient les Présidents du Rwanda et du Burundi. Il avait coûté la vie aux deux hommes et aux 10 autres passagers et membres d'équipage, dont des Français.
- Le capitaine Barril, l'ancien commandant du GIGN, affirme détenir la boîte noire de l'avion, donc des informations importantes.
- Le 6 avril dernier, peu après 20 h 30. Alors qu'il s'apprête à atterrir, le Falcon 50 qui ramène le Président rwandais à Kigali est touché par deux roquettes et s'écrase dans l'enceinte même de la résidence présidentielle voisine de l'aéroport. Le Président rwandais, Juvénal Habyarimana et le Président du Burundi qui l'accompagne sont tués dans la catastrophe.
- Une affaire mystérieuse qui rebondit aujourd'hui avec les affirmations d'un homme qui a déjà souvent fait parler de lui. L'ex-capitaine Barril, ancien commandant du GIGN, aujourd'hui conseiller officieux de plusieurs chefs d'État africains.
- Paul Barril qui affirme détenir la boîte noire de l'appareil, dont les autorités avaient jusque-là toujours nié l'existence. L'ancien officier s'est rendu à Kigali à la demande de la famille, aujourd'hui réfugiée en France, afin de conduire toutes les investigations qu'il jugera utile à la manifestation de la vérité sur l'attentat. Agathe Habyarimana : "Vous savez, il y a des enquêtes qui sont en train de se faire. Mais je peux vous dire que tout de suite la population a dit que c'est le FPR. Je peux vous garantir que c'est pas l'armée rwandaise qui a tiré sur le Président. Parce que l'armée rwandaise n'avait pas de missiles".
- Les révélations faites aujourd'hui rappellent en tout cas que près de trois mois après l'attentat, aucune enquête officielle n'a encore été ouverte.
- L'entreprise Dassault Aviation vient de faire une mise au point qui contredit les révélations faites par le capitaine Barril. D'après Dassault Aviation, il n'y a pas de boîte noire dans l'avion de l'ancien Président rwandais, un Falcon 50.
Commentaire
Le JT de 20 heures de France 2 du 27 juin 1994 est visible dans son intégralité ici : https://www.youtube.com/watch?v=YXVPgCdQT5U