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Mise à jour :
8 septembre 2021 Anglais

Jean-Hervé Bradol (Médecins sans frontières) : « S'il n'y a pas une intervention vigoureuse de la communauté internationale, et particulièrement de la France - qui connaît bien les assassins, qui les arme, qui les équipe ! -, nous, nous considérerons que c'est une véritable politique d'incitation à ce que le meurtre et les massacres continuent »

Fiche Numéro 18298

Numéro
18298
Auteur
Poivre d'Arvor, Patrick
Auteur
Jacquemin, Marine
Date
16 mai 1994
Amj
19940516
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures
Titre
Jean-Hervé Bradol (Médecins sans frontières) : « S'il n'y a pas une intervention vigoureuse de la communauté internationale, et particulièrement de la France - qui connaît bien les assassins, qui les arme, qui les équipe ! -, nous, nous considérerons que c'est une véritable politique d'incitation à ce que le meurtre et les massacres continuent »
Taille
31459 octets
Nb. pages
5
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
FR
Résumé
- Les horreurs de la guerre au Rwanda. La Croix-Rouge a tenté de faire parvenir des vivres à des milliers de civils pris au piège près de Kigali. Les camps de réfugiés sont plein à craquer. Et l'ONU tarde toujours à déployer ses Casques bleus.
- À l'ombre de l'évêché de Kabgayi, au sud du Rwanda, toute la détresse humaine. Rescapés des massacres ou déplacés de guerre, ils sont à cet endroit 25 000 à tenter de survivre, dans des conditions plus que précaires.
- Hutu en territoire rebelle, Tutsi dans les zones gouvernementales, les responsables des massacres appartiennent aux deux ethnies. 200 000, premier chiffre avancé ; plus du double, selon certaines organisations humanitaires. Saura-t-on jamais ?
- L'urgence, à présent, concerne donc les déplacés. Aux quatre coins du pays et des pays voisins, près d'un million de réfugiés au total. Une situation sans nul doute explosive dans cette région des Grands lacs, qui pourrait bien être à feu et à sang d'ici à l'automne, si aucun accord n'est trouvé.
- Un document rapporté par Bernard Kouchner sur place pour ouvrir un couloir humanitaire sans résultat : l'attaque, sans gravité, et l'ancien ministre français à l'Action humanitaire n'en gardera par chance qu'une bonne frayeur.
- À Kigali la capitale, ce soir, l'étau se resserre un peu plus sur les forces gouvernementales. Dans les rues de la ville, les milices font toujours régner la terreur.
- Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait se prononcer demain sur une proposition autorisant l'envoi de 5 500 hommes au Rwanda.
- Patrick Poivre d'Arvor interviewe Jean-Hervé Bradol : "La plupart des victimes ne sont pas des victimes de guerre. Ce sont des gens qui sont victimes de massacres pour l'instant. Depuis un mois, la ville de Kigali a été complètement quadrillée. Les maisons sont fouillées une par une pour en extraire toute la partie de la population qui est suspectée être hostile au courant le plus extrémiste de l'armée. Et là, les gens qui sont suspects de cette hostilité sont exécutés avec toute leur famille. C'est-à-dire que l'exécution, ça veut dire les bébés, les femmes, les vieillards, absolument tout le monde. C'est une politique délibérée, systématique, planifiée d'extermination". - Patrick Poivre d'Arvor : "C'est le génocide absolu ?". - Jean-Hervé Bradol : "Oui. C'est vraiment un massacre planifié de très, très, très grande ampleur". - Patrick Poivre d'Arvor : "On a tendance à essayer de dire : 'Ce sont les Hutu contre les Tutsi'. Donc de dire que ce n'était finalement que des guerres ethniques". - Jean-Hervé Bradol : "C'est ce qu'on essaye de nous faire croire pour peut-être justifier la passivité des uns et des autres. On essaye de nous décrire les Rwandais comme des tribus en train de se massacrer entre elles. Et je pense que c'est vraiment le dernier affront fait aux victimes de donner cette description. Qu'on arrête de nous décrire le Rwanda comme des tribus en train de se massacrer. Je pense que cette présentation n'est pas tout à fait anodine. Le rôle de la France dans ce pays et particulièrement les responsabilités de la France sont particulièrement écrasantes. Les gens qui massacrent aujourd'hui, qui mettent en œuvre cette politique planifiée, systématique d'extermination, sont financés, entraînés et armés par la France. Et ça, c'est quelque chose qui ne transparaît absolument pas en ce moment. On n'a pas entendu pour l'instant aucun responsable français condamner clairement les auteurs de ces massacres. Et pourtant ces gens sont bien connus de l'État français puisqu'ils sont équipés par eux ! Par l'État français". - Patrick Poivre d'Arvor : "Et c'est la raison pour laquelle vous avez décidé d'écrire une lettre ouverte au Président Mitterrand". - Jean-Hervé Bradol : "Oui. Tout à fait. Aujourd'hui pour nous, c'est quasiment presque impossible de pouvoir travailler correctement au Rwanda et de couvrir les besoins que vous avez décrits dans votre reportage. Et s'il n'y a pas une intervention vigoureuse de la communauté internationale, et particulièrement de la France - qui connaît bien les assassins, hein, qui les arme, qui les équipe ! -, nous, nous considérerons que c'est une véritable politique d'incitation à ce que le meurtre et les massacres continuent. Et pour l'instant, ces déclarations de l'État français, nous ne les avons pas entendues. Ces prises de position, incitant les bourreaux de Kigali et de Butare à se modérer, nous ne les avons pas entendues de la part de l'État français. Et nous devons souligner que nous sommes extrêmement choqués de cet aspect des choses". - Patrick Poivre d'Arvor : "Pour l'instant, vous chiffreriez à combien le nombre de morts ?". - Jean-Hervé Bradol : "Je pense qu'on peut parler de plus de 100 000 morts au Rwanda. Il faut souligner que le Rwanda c'est un pays de sept millions d'habitants. Quand on cite de tels chiffres, quand on décrit la capitale du pays comme complètement quadrillée, fouillée maison par maison pour exterminer les gens… Je ne sais pas, c'est comme si aujourd'hui on était en train de parler en France de quatre millions de morts en un mois, à la suite d'un conflit politique. C'est un drame d'une ampleur sans précédent. Et pourtant, la guerre, les blessés, la mort, la révolte que ça occasionne, nous y sommes quand même habitués depuis 20 ans dans notre association". - Patrick Poivre d'Arvor : "Je vous remercie beaucoup, Jean-Hervé Bradol, parce que je crois qu'il fallait vraiment témoigner, et témoigner très, très fort. Parce que ce qui se passe là-bas est en effet un véritable génocide".