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7 janvier 2026
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Jean-Claude Lefort, vice-président de la Mission d'information parlementaire : « Le champ des suspects se réduit à ceux qui eurent accès à la zone du crash dans les heures qui ont suivi l'attentat »

Numéro : 293
Date : 20 octobre 1998
Auteur : Lefort, Jean-Claude
Titre : Note n° 19 à Bernard Cazeneuve
Source : MIP
Nom fichier : Lefort20oct1998Note19.pdf
Fonds d'archives : MIN
Résumé : Jean-Claude Lefort, vice-président de la Mission d'information parlementaire, constate dans une lettre du général Rannou (chef du cabinet militaire du ministre de la Défense, François Léotard, au moment de l'attentat) que l'avion Falcon du président Habyarimana était bien équipé de « deux boîtes noires ». Sachant que des militaires français, assistants techniques des FAR, ont eu accès au lieu du crash et ont cherché ces boîtes noires, il conclut : « Je constate que quelqu'un a pensé qu'il était préférable de les faire disparaître [les deux boîtes noires]. Ce qui réduit le champ des suspects à ceux qui eurent accès à la zone du crash dans les heures qui ont suivi l'attentat ».
Commentaire : Jean-Claude Lefort refusa de signer le rapport de la Mission d'information parlementaire. Dans une interview d'avril 2008 (La Nuit rwandaise, n° 2, 7 avril 2008, p. 232), il fit remarquer que le président et les deux rapporteurs de cette mission étaient tous les trois du même groupe parlementaire, contrairement aux usages. « Je ressens un certain malaise car j’ai le sentiment que nous sommes passés, à coup sûr, à côté d’une vérité qu’il nous fallait rechercher coûte que coûte ». Jean Claude Lefort publia plusieurs notes qu’il avait envoyées pendant le travail de la Mission au co-rapporteur Bernard Cazeneuve, dont celle figurant ci-contre.
Citation: Paris , le 20 octobre 1998 NOTE n°19 à Bernard CAZENEUVE ref.: dossier "attentat n°2" Cher Bernard, Je te soumets quelques observations "troublantes" , sous réserve de confirmations à obtenir auprès d'experts qualifiés : 1) Les missiles sol-air figurant sur les photos transmises par la DRM sem- blent être complets, c'est à dire avec le missible toujours présent dans le lanceur, ce qui signifierait donc qu'ils n'ont pas été utilisés (les SAM 7 et 16 sont des armes dites "coup complet" : le lanceur et le missile sont conditionnés ensemble , prêts à l'emploi et l'arme ne peut être rechargée). Si ce fait était confirmé, il ne pourrait donc s'agir des armes utilisées contre le Falcon 50. Pourquoi alors la mission militaire de coopération au- rait-elle décidé de transmettre ces photos à Paris dans les heures qui ont suivi l'attentat? 2) Les numéros de référence des lanceurs fournis (9M322) semblent cor- respondre à des SAM 7 "Strela 2" et non à des SAM 16 "Igla" dont la réfé- rence russe est 9K38 . Ce détail est peut-être sans importance. Mais s'il se confirmait qu'il s'agit de SAM 7, peut-être faudrait-il demander la liste des SAM 7 irakiens détenus par la France (seule une liste de SAM 16 est fournie)? 3) La lettre du général Rannou en date du 15 juin 1998 confirme officiellement la présence à bord du Falcon 50 des deux "boîtes noires" habituelles, un CVR (enregistreur des conversations de l'équipage) et un enregistreur des paramètres de bord. J'ignore si leur analyse "n'aurait pas été de nature à éclaircir les circonstances exactes" de l'attentat, comme l'estime le général Rannou, mais je constate que quelqu'un a pensé qu'il était préférable de les faire disparaître. Ce qui réduit le champ des suspects à ceux qui eurent accès à la zone du crash dans les heures qui ont suivi l'attentat.

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