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Mise à jour:
27 février 2020 Anglais

Note sur l'aspect social du problème racial indigène au Ruanda (Le manifeste des Bahutu)

Fiche Numéro 310

Numéro
310
Auteur
Kayibanda, Grégoire
Date
Dimanche 24 mars 1957
Surtitre
Le Manifeste des Bahutu du 24 mars 1957
Titre
Note sur l'aspect social du problème racial indigène au Ruanda (Le manifeste des Bahutu)
Extrait de
MIP, Annexes, pp.100-107
Taille
594167 octets
Nb. pages
8
Source
Fonds d'archives
MIP
Langue
FR
Titre rés.
« Le départ de l'Européen pourrait réduire [le Muhutu] dans une servitude pire que la première ».
Résumé
L'idéologie du Parmehutu est formulée une première fois dans le « Manifeste des Bahutu » rédigé avec l'aide de missionnaires. Poursuivant le but louable de « la promotion intégrale et collective du Muhutu » cette « Note sur l'aspect social du problème racial indigène au Rwanda » dénonce « le monopole politique dont dispose une race, le Mututsi ». Les Hutu sont présentés comme exploités par « un colonialisme à deux étages », « le Muhutu devant supporter le hamite et sa domination » et ensuite l'Européen. Mais la domination de ce dernier est décrite comme bégnine. « Le départ de l'Européen pourrait réduire [le Muhutu] dans une servitude pire que la première » Voilà un plaidoyer qui va faire plaisir à la Belgique, dont « l'oeuvre si grandiose » au Rwanda est célébrée. Mais pour les Tutsi, le texte est lourd de menaces. Il est franchement d'inspiration raciste quand il envisage de recourir à la statistique, à la généalogie, à la médecine pour « donner des précisions objectives » à propos des « ``mutations'' de bahutu en hamites ». C'est une évocation de ces commissions médicales qui devaient déterminer la race des individus « métis » dans les pays ayant adopté une législation raciale. Pour mieux surveiller ce monopole de la race tutsi, le Manifeste s'oppose à la suppression des mentions raciales sur les pièces d'identité : « Leur suppression risque encore davantage la sélection en le voilant [le monopole tutsi] et en empêchant la loi statistique de pouvoir établir la vérité des faits. » Notamment ces pièces serviront à l'école pour empêcher la sélection des seuls Tutsi : « Il faudra que pour éviter la sélection de fait, caeteris aequalibus, s'il n'y a pas de places suffisantes, l'on se rapporte aux mentions de livret d'identité pour respecter les proportions ». Enfin, le Manifeste se fait plus menaçant. Il évoque « la guerre ``civile'' froide », la xénophobie, et, grands Dieux, « la popularité des idées communisantes » Dénonçant le monopole culturel des Tutsi, en particulier sur les diplômes, le Manifeste énonce cette prophétie autoréalisante : « Et si par hasard (la Providence nous en garde) une autre force intervenait qui sache opposer le nombre, l'aigreur et le désespoir aux diplômes ! L'élément racial compliquerait tout et il n'y aurait plus besoin de se poser le problème : conflit racial ou conflit social. » N'est-ce pas la transformation de l'affrontement social en guerre raciale qui se dessine-là ? Ce Manifeste jette les bases de l'idéologie du génocide de 1994, ce qui montre bien qu'il s'agit d'une seule et même trame, de 1957 à 1994. Encore un point qui annonce Kangura et la RTLM, c'est la revendication de la liberté d'expression au profit du « peuple majoritaire », face à « certaines autorités non habituées à la démocratie ».