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Mise à jour :
5 août 2022 Anglais

Paul Barril : « Le crime profite aux terroristes du FPR qui représentent seulement 10 % de la population. Ces gens-là ne pourront jamais avoir le pouvoir au Rwanda, au moins par les urnes »

Fiche Numéro 29812

Numéro
29812
Auteur
Bilalian, Daniel
Auteur
Caumont, Carole
Auteur
Pelé, Patrice
Auteur
Duquesne, Benoît
Date
28 juin 1994
Amj
19940628
Heure
13:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 13 heures
Titre
Paul Barril : « Le crime profite aux terroristes du FPR qui représentent seulement 10 % de la population. Ces gens-là ne pourront jamais avoir le pouvoir au Rwanda, au moins par les urnes »
Soustitre
Des accrochages ont eu lieu hier encore [27 juin] à une dizaine de kilomètres de Kibuye sans que l'on sache très bien s'il s'agit d'éléments infiltrés du FPR ou des miliciens hutu qui continuent leur chasse aux Tutsi dans la forêt.
Taille
52314 octets
Nb. pages
10
Source
Fonds d'archives
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
FR
Résumé
- Point de départ de la tragédie du Rwanda : la mort du Président du Rwanda dont l'avion a été abattu à son arrivée à Kigali le 6 avril dernier. Le capitaine Barril, l'ancien patron du GIGN, affirme détenir la boîte noire de l'avion et d'autres preuves. Il est notre invité. - La tragédie du Rwanda a démarré très exactement le 6 avril dernier, tout de suite après l'accident d'avion sur l'aéroport de Kigali qui a coûté la vie au Président du Rwanda et à son collègue du Burundi. Beaucoup de monde pense aujourd'hui qu'il s'agissait-là d'un attentat mais la guerre civile qui a éclaté aussitôt après a fait passer cet évènement au second plan. Sauf pour un homme : l'ancien patron du GIGN, le capitaine de gendarmerie Barril, qui affirme être en possession de la fameuse boîte noire de cet avion. Et qui le prouve car voici filmées ce matin ces fameuses boîtes noires. - Daniel Bilalian interviewe Paul Barril, en duplex de Nice : Daniel Bilalian : - "Monsieur Barril, pouvez-vous nous décrire ces images, que voyons-nous là ?". Paul Barril ["Pdg société 'Secrets'"] : - "Alors on voit un des éléments qui appartient à l'épave de l'avion avec une boîte métallique noire et des inscriptions en anglais. Et on voit un morceau de la carlingue où est fixé cet élément. Et également les inscriptions 'Falcon 50' dessus. Et avec les années des contrôles et du montage de cette boîte". Daniel Bilalian : - "Et les preuves de cet attentat sont contenues à la fois dans ces boîtes noires et dans ces enregistrements, selon vous ?". Paul Barril : - "Oui. Et on a d'autres éléments puisqu'on a également récupéré les lanceurs des SAM-7. - Revenons sur cette journée du 6 avril et sur les circonstances de cet accident pour bien comprendre l'importance de l'ensemble de ces informations. Un peu plus de 20 h 30 le 6 avril dernier. L'avion qui ramène le Président rwandais à Kigali s'apprête tout juste à atterrir, lorsqu'il est abattu par deux roquettes avant même d'atteindre la piste. Le Président Juvénal Habyarimana et le Président du Burundi qui l'accompagne sont tués dans la catastrophe. À ce jour, près de trois mois après les faits et malgré des circonstances pour le moins troublantes, aucune enquête officielle n'a encore été ouverte. - L'affaire se trouve pourtant relancée après les révélations survenues hier [dans le journal Le Monde] : l'ex-capitaine Barril, ancien commandant du GIGN, affirme détenir la boîte noire de l'appareil dont les autorités avaient jusque-là toujours nié l'existence. Paul Barril chargé par la famille du Président rwandais, actuellement réfugiée en France, de conduire l'enquête sur l'attentat en attendant de possibles suites judiciaires. Maître Hélène Clamagirand, avocate de la famille : "Nous examinons les pièces du dossier et nous allons travailler à préparer une plainte devant la juridiction qui s'avèrera compétente". - Paul Barril dit également avoir eu des contacts avec le gouvernement français ces dernières semaines. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé affirmait hier de son côté n'avoir à aucun moment été informé de l'existence d'une enquête privée sur cette affaire. - Ces fameuses boîtes noires dont on parle toujours en cas d'accident d'avion étaient-elles oui ou non à l'intérieur de l'avion du Président du Rwanda ? Tout le monde n'est pas d'accord. - Tous les avions de toutes les compagnies aériennes possèdent à bord des enregistreurs de vol. C'est la fédération internationale aéronautique qui oblige les compagnies aériennes à s'équiper dès qu'il y a transport de passagers [diffusion d'images d'archives d'un Airbus A-320 en train de décoller]. À bord de ces avions, on trouve deux types d'enregistreurs : le cockpit voice recorder qui enregistre toutes les conversations de l'équipage que ce soit avec le sol ou des dialogues plus personnels, quand le commandant discute avec le co-pilote par exemple. Vient ensuite l'enregistreur de vol, la célèbre boîte noire. À l'intérieur, tous les paramètres de l'avion, altitude, puissance moteur, vitesse, sont soigneusement enregistrés. C'est la mémoire technique. - Pour un avion privé, les choses changent radicalement : le propriétaire de l'appareil n'est pas tenu d'installer des enregistreurs de vol. Le transport des personnes se fait sans billet, la fédération internationale aéronautique ne peut rien imposer. Il arrive cependant que des propriétaires soucieux de sécurité demandent lors de l'achat de l'appareil ou ensuite la pause d'enregistreurs. - Dans l'affaire du Falcon 50 du Président rwandais, Dassault Aviation affirme que lors de la dernière visite technique de l'avion au Bourget [le 13 octobre 1993], aucun enregistreur de vol n'a été vu dans l'avion. Ont-ils été justement posés après ? Le capitaine Paul Barril affirme les avoir retrouvés. Aujourd'hui, il les montre. - Daniel Bilalian reprend son interview avec Paul Barril : Daniel Bilalian : - "Paul Barril, vous nous avez permis de filmer ces boîtes noires. Certains nient l'existence de ces boîtes noires. Vous, comment pouvez-vous prouver qu'elles sont bien réelles ?". Paul Barril : - "Ce qui a été présenté est un des éléments qu'on a récupéré sur place, qui appartiennent à la carcasse de l'avion. Et les numéros de série dessus montrent que ça appartient bien au Falcon 50. Je ne suis pas un spécialiste en aéronautique. Nous avons relevé également d'autres éléments de la carcasse de l'appareil dans la proximité de la zone où il a été disloqué par l'attentat. Mais on a d'autres éléments : par exemple je suis en possession des trois bandes de la tour de contrôle où il y a l'ensemble des conversations de la journée. Et en particulier les conversations entre les pilotes et la tour de contrôle". Daniel Bilalian : - "Qui vous a remis ces boîtes noires et l'ensemble de ces documents ? Vous avez été chargé d'une enquête, on l'a compris, par la famille. Vous les avez trouvées là-bas, on vous les a remises, comment cela s'est-il passé ?". Paul Barril : - "On a été chargé d'une enquête mais on s'occupe des deux chefs d'État en même temps parce que il faut savoir qu'il y a une lacune au niveau international, qu'y a pas d'enquête pour le moment, qu'y a personne. Y a aucun organisme, y a pas un juge qui a été désigné. Et pour avoir récupéré ça et les autres preuves matérielles que nous avons, je suis allé sur place. Je suis allé à l'aéroport dans des zones de guerre particulièrement difficiles. Et je peux vous dire que là-bas, y avait pas de concurrence parce que j'étais seul". Daniel Bilalian : - "Dans ces conversations enregistrées , car pour ce qui concerne les boîtes noires il faut un équipement spécial, vous les possédez mais vous n'avez pas pu les décrypter pour le moment, vous les tenez à la disposition de la justice ?". Paul Barril : - "On fait confiance à la justice parce qu'il s'agit d'un grave attentat. À Lockerbie, c'était 320 morts. Le DC-10 d'UTA c'est 170. Là c'est deux chefs d'État, trois Français plus deux gendarmes et une épouse qui ont été tués après. Et comme corolaire et comme résultat plus de 500 000 morts ! Mais c'est quelque chose d'extraordinaire. Il faut que ceux qui ont conçu ce plan terroriste, ceux qui l'ont aidé, ceux qui l'ont réalisé et commandité, il faut qu'on les retrouve et il faut qu'on les traduise devant un tribunal et il faut qu'on les juge. Ce sont eux les responsables du génocide". Daniel Bilalian : - "Dans ces conversations enregistrées, que peut-on détecter ? Qu'avez-vous entendu ?". Paul Barril : - "Déjà je crois que Le Monde est particulièrement bien renseigné parce qu'il y a eu d'autres conversations. Il y a eu des conversations entre le commandant de bord et son épouse, qui possédait une petite radio. On s'inquiétait de la présence, où on semblait chercher à s'assurer de la présence du chef de l'État du Burundi. Moi je ne veux pas rentrer dans ce qu'il y a dedans. On le remettra à la justice quand une plainte va être déposée prochainement. Hélène Clamagirand est chargée de ça. Moi je suis chargé de rassembler les éléments matériels. Et on en a de nombreux. On en a également des photos satellites de la zone de Kigali du soir de l'attentat de l'avion mais également de la frontière Ouganda-Rwanda, où on voit des camions qui se précipitent en masse à l'assaut du Rwanda et des forces gouvernementales légales". Daniel Bilalian : - "Ce que vous voulez dire, c'est qu'il y a concomitance entre l'attentat et le début de l'offensive du FPR, les rebelles ?". Paul Barril : - "C'est une agression généralisée qui a débuté par l'assassinat de deux chefs d'État". Daniel Bilalian : - "Alors cet assassinat, on a prétendu dans certains journaux belges que c'était des hommes blancs qui avaient tiré ces fameux missiles. Est-ce que les conversations enregistrées donnent une idée de la nationalité des mercenaires qui ont pu opérer ?". Paul Barril : - "Il est vrai que les forces gouvernementales rwandaises ont enregistré plusieurs conversations radio, opérationnelles, sur place. Les terroristes du FPR ont des conseillers et des instructeurs qui parlent anglais mais également avec des conversations, avec un accent immanquablement qui nous oriente du côté de la Belgique". Daniel Bilalian : - "C'est grave ce que vous êtes en train de dire Paul Barril ! Dans ces conversations enregistrées entre la tour de contrôle et l'avion, il y a un accent belge ? Paul Barril : - "Non, non. Ça c'est pas sur les bandes de la tour de contrôle. C'est sur les écoutes gouvernementales des différentes parties et des différents groupes militaires sur le terrain. Les conversations de la tour de contrôle sont uniquement sur des points techniques où on demande quelles sont les personnes qui sont à bord de l'avion". Daniel Bilalian : - "À votre avis, quelle est l'origine de ces mercenaires et pour qui agissent-ils ?". Paul Barril : - "À qui profite le crime ? Le crime, il profite aux terroristes du FPR qui représentent seulement 10 % de la population. Ces gens-là ne pourront jamais avoir le pouvoir au Rwanda, au moins par les urnes. Un homme, une voix, comme en Afrique du Sud". Daniel Bilalian : - "Contre les intérêts français, Paul Barril ?". Paul Barril : - "Oui, parce que, je rappelle que jusqu'au 6 avril, la France était présente sur place. Et je voudrais dire une information que personne n'a publié : je me suis rendu à l'ambassade de France là-bas. L'ambassade de France a été prise pour cible par les Katiouchka et également par les missiles et les mortiers de 120 des terroristes du FPR. Et plusieurs coups ont été faits au but, sur l'ambassade de France, dans une zone résidentielle, bien volontairement pour montrer la haine qu'il y a vis-à-vis de la France". Daniel Bilalian : - "Dernière question : d'après vos révélations que vous avez faites au journal Le Monde, des mercenaire blancs ont été emmenés par le gouvernement du Rwanda dans son exil intérieur. Est-ce qu'il s'en servirait comme otages ?". Paul Barril : - "Non. Le gouvernement légal, non, pas du tout. Ils ont pas de mercenaires. Ceux qui ont des mercenaires, ce sont les Tutsi du FPR, les groupes terroristes qui eux-mêmes sont appuyés par des cadres. Et je voudrais rappeler quand même que ces gens, qui sont des agresseurs et qui sont une bande de terroristes, sont soutenus par un État". Daniel Bilalian : - "Vous vous rendez bien compte que pour l'instant, pour l'essentiel les Tutsi passent pour les victimes de ce génocide ? Et que vous allez complètement à contre courant Paul Barril". Paul Barril : - "Non. Écoutez, je vais vous dire ceci : il y a 7 000 000 de personnes au Rwanda. Il y a 10 % de Tutsi ce qui fait 700 000 personnes. Aujourd'hui on a dit qu'il y en a 500 000 qui ont été victimes d'un génocide. Il y en resterait 200 000 sans compter les différents camps en Tanzanie. Le peu qui reste, c'est eux qui occupent les trois quarts du pays et qui ont enfoncé les 27 bataillons de l'armée rwandaise. Vous voyez, pour le peu qui reste. Alors sur le terrain, c'est pas du tout ça la réalité. Et on s'aperçoit une très grande opération de désinformation, un peu comme Timişoara".
- Les opérations humanitaires se poursuivent au Rwanda : la France met en place un centre de distribution de vivres et plusieurs cellules médicales. Les évacuations médicales et les actions ponctuelles sur le terrain se poursuivent également, avec ce matin l'évacuation de 35 religieuses rwandaises mais aussi belges, britanniques, américaines qui se trouvaient en danger.
- Des hélicoptères français au petit matin au-dessus du lac Kivu qui sépare le Zaïre du Rwanda. C'est la première opération d'évacuation importante organisée par les Français. Objectif Kibuye. Là, ils savent qu'une quarantaine de religieuses attendent ce moment depuis des semaines : Américaines, Anglaises, Belges et Rwandaises, elles ont fui les massacres de Kigali pour se réfugier dans leur couvent de Kibuye. Très vite la situation s'est dégradée à nouveau : menaces, contrôles, interdiction d'héberger des Tutsi, simulacres d'exécutions. Une Sœur rwandaise : "Des hommes venaient, ils nous disaient qu'on cherche l'ennemi, les partisans du FPR. Parce qu'il y avait des Tutsi, il y a des Sœurs tutsi. Mais on n'a pas touché aux Sœurs".
- Devant les prières des Sœurs, les militaires avaient décidé il y a quatre jours d'installer un petit détachement à Kibuye pour les protéger. Ce matin, ils ont donc choisi de les évacuer ainsi que cinq orphelins. Il faut dire que la situation à Kibuye reste tendue. Des accrochages ont eu lieu hier encore [27 juin] à une dizaine de kilomètres de la ville sans que l'on sache très bien s'il s'agit d'éléments infiltrés du FPR ou bien si ce sont les miliciens hutu qui continuent leur chasse aux Tutsi dans la forêt.
- Une autre équipe de nos envoyés spéciaux s'est rendue dans une région qui n'a pas encore été visitée par les troupes françaises et où se trouvent toujours en situation de grand danger des réfugiés hutu cette fois-ci.
- Nous sommes à mi-chemin entre les troupes françaises les plus avancées au Rwanda et le front. Pour parvenir jusqu'ici, il a fallu franchir 23 barrages sur 75 kilomètres, tous contrôlés autant par les civils hutu que par l'armée gouvernementale. Les militaires français n'ont pas encore exploré le secteur, loin des routes goudronnées et à plus de 3 000 mètres d'altitude.
- En bout de piste, perché sur une collines à l'écart de tous, un camp de réfugiés également de l'ethnie hutu. Pourtant, ils ont été placés là par les forces gouvernementales, sans vivres, sans aide. 12 000 réfugiés sont disséminés dans ce camp situé au sommet de plusieurs collines, la plupart inaccessibles. Depuis deux mois que ce camp existe, Augustin aimerait voir les troupes françaises arriver avec de la nourriture. Mais il en demande plus. Augustin : - "Nous voulons que l'armée française vienne au Rwanda et que le FPR retourne en Ouganda. S'il retourne en Ouganda, nous pourrons rentrer chez nous". La journaliste : - "Ça voudrait dire que l'armée française ferait la guerre au FPR ?". Augustin : - "S'il le faut !".
- Confusion dans l'idée de cette mission humanitaire, orchestrée par des militaires. Ces réfugiés-là attendent beaucoup des soldats français. Des réfugiés dans leur propre camp, leur propre pays.
- Au Rwanda la communauté catholique est très importante, dans les deux ethnies d'ailleurs, hutu et tutsi. C'est pourquoi les autorités religieuses françaises ont dépêché sur place Monseigneur Etchegaray.
- Il est arrivée dans la plus grande discrétion et il attend qu'on lui permette de franchir la frontière du Rwanda en guerre. C'est l'envoyé spécial du Pape Jean-Paul II, le cardinal français Etchegaray. Sa visite n'est pas seulement pastorale, elle est aussi diplomatique. Roger Etchegaray : "Je viens de Gisenyi où j'ai rencontré aussi les autorités gouvernementales. J'ai lancé un appel à la paix. Le tout c'est de savoir ce que l'on fait pour la paix".
- Dans cette guerre civile du Rwanda, l'Église a été particulièrement visée. Roger Etchegaray, s'adressant à une foule encadrée : "Quelle horreur d'avoir vu des églises, qui normalement sont des refuges de paix et de prière, devenues, j'ose employer le mot, des abattoirs d'innocents ! Arrêtez tous ces massacres ! La vie est précieuse ! La vie de tout homme, quel qu'il soit ! Qu'il soit Hutu, qu'il soit Tutsi, blanc ou noir !".
- La visite du cardinal Etchegaray a déjà permis un premier pas : si le FPR refuse toujours de rencontrer ses ennemis il accepte la médiation du Vatican et il revient sur sa condamnation de l'intervention française. Alexis Kanyarengwe, "Président du F.P.R." : "Une action humanitaire c'est toujours une très bonne chose et nous la soutenons. Et si la France respecte ses engagements, nous ne nous y opposons pas".
- Ils chantent pour la paix même si la guerre et les massacres continuent. Ils sont tous des réfugiés, des rescapés.
- Dernière information à propos du Rwanda : Monsieur Léotard, le ministre de la Défense, sera demain au milieu des troupes françaises basées à la frontière du Zaïre.