Résumé
- Dans l'actualité internationale, toujours le Rwanda. Un nouveau gouvernement a été investi aujourd'hui à Kigali. C'est le général Kagame, le chef d'état-major du FPR, qui détient le poste principal : la défense. Il est aussi vice-président. Il a promis de punir les coupables des massacres.
- La France reconnaît la victoire du FPR.
- En attendant, le Rwanda continue de s'enfoncer dans un terrible cauchemar : le pays est en train de se vider littéralement de sa population et, face à l'exode du siècle, les organisations internationales crient au secours.
- L'enfant et sa mère côte à côte, morts d'épuisement, de déshydratation. Le bout de la route aussi pour des dizaines et des dizaines d'autres, les plus jeunes ou les plus faibles.
- Nous sommes dans le camp de Kibumba, un de ces camps de fortune érigés à la hâte par les organisations humanitaires pour désengorger Goma, la ville-frontière côté Zaïre. Samantha Bolton de Médecins sans frontières : "Le problème, ici, c'est qu'ils sont épuisés après des semaines et des semaines de marche à travers le Rwanda. Ils meurent même avant d'arriver. Le gros problème, c'est de réussir à acheminer suffisamment d'eau".
- Impossible ici d'enterrer ces morts, le sol volcanique est trop dur. Alors après la soif, la faim, ce sont aussi les épidémies qui menacent. Les organisations humanitaires sont débordées : en moins d'une semaine, la région de Goma a été submergée par la marée des réfugiés et le flot continue.
- Plus d'un million à Goma, 500 000 dans la région de Bukavu plus au sud, le Rwanda en quelques semaines s'est littéralement vidé de sa population. Entre le Zaïre, le Burundi, l'Ouganda, ils sont près de trois millions en dehors du pays sur une population de sept millions.
- Ici côté zaïrois, l'aide ne parvient qu'au compte-gouttes. Aujourd'hui, 60 tonnes de vivres seulement sont arrivées. Il en faudrait 500 par jour. Impossible à acheminer, problèmes de logistique. L'aéroport de Goma par exemple ne peut le permettre.
- Christiane Berthiaume, porte-parole du HCR : "En quelques jours, plus de 1 600 000 réfugiés ont quitté le Rwanda pour le Zaïre. Et là-dessus, il y en a un million qui sont arrivés à Goma. C'est un exode de dimension biblique : on n'a jamais vu ça de toute l'histoire du HCR. Et en plus ces gens sont arrivés dans une région très difficile où on n'arrive pas à les installer. […] Il faut pouvoir acheminer très rapidement de l'aide alimentaire. Notre plus importante préoccupation à l'heure actuelle c'est l'approvisionnement en eau. Il faudrait 30 millions de litres d'eau pour ces gens et il faudrait qu'on puisse avoir suffisamment de camions-citernes. Il en faudrait 50 pour pouvoir acheminer l'eau des rivières vers les réfugiés. Et nous n'en avons que huit. Il faut également commencer très vite un pont aérien pour acheminer entre 600 et 800 tonnes de nourriture par jour. C'est-à-dire trois fois ce qu'on acheminait au pire moment de la guerre à Sarajevo. […] Il y a de très forts risques d'épidémie. On a trouvé des sites où on peut installer ces gens mais ces sites ne sont pas adéquats, le sol est rocailleux. Comment va-t-on faire pour construire des latrines ? Il y a déjà des cas de dysenterie et le choléra est endémique dans cette région. […] La seule solution viable, c'est que ces gens puissent retourner chez eux. La très grande majorité sont des Hutu et ils ont fui devant l'avance des forces du Front patriotique rwandais. Ils ont peur de retourner chez eux parce qu'ils ont peur de représailles. Ils ont peur du cercle vicieux de la vengeance, d'être à leur tour massacrés parce que leur ethnie a massacré les autres. Donc ce qui faudrait, la seule solution, c'est que le nouveau gouvernement qui s'est installé garantisse à cette population sa sécurité. Leur promettre qu'ils vont prendre les moyens pour qu'il n'y ait pas de vengeance, pour que ce cercle infernal s'arrête et qu'il n'y ait plus de massacres, que ce soit fini".