Résumé
Cette étude du Critical Threats Project analyse le rôle croissant du Burundi dans la guerre dans l'est de la République démocratique du Congo et la rivalité régionale qui l'oppose au Rwanda. Elle décrit l'augmentation considérable de l'engagement des forces armées burundaises aux côtés de l'armée congolaise contre le M23, soutenu par le Rwanda, et montre que le Burundi est devenu un partenaire militaire essentiel de Kinshasa, particulièrement au Sud-Kivu. L'auteur replace cet engagement dans le contexte d'une confrontation ancienne entre le Burundi et le Rwanda, alimentée par le soutien que les deux États sont accusés d'apporter à des groupes armés adverses, notamment RED-Tabara du côté rwandais et les FDLR du côté burundais. Il souligne également les intérêts stratégiques et économiques du Burundi au Sud-Kivu, notamment autour d'Uvira et des circuits commerciaux et aurifères transfrontaliers. L'étude accorde une attention particulière à la dimension ethnique du conflit. Selon CTP, certaines élites burundaises instrumentalisent la menace rwandaise et des discours hostiles aux Tutsi à des fins de politique intérieure. Elle relève les discriminations visant les Tutsi au Burundi et la stigmatisation des Banyamulenge, notamment autour de Minembwe, où les opérations des forces congolaises et burundaises et de leurs alliés ont fortement affecté les populations civiles. L'auteur estime que ces dynamiques risquent d'accentuer la polarisation ethnique au Burundi et en RDC. Enfin, l'étude examine les conséquences intérieures de la guerre pour le Burundi (pertes militaires, difficultés économiques et tensions au sein du CNDD-FDD) ainsi que la rivalité entre le président Évariste Ndayishimiye et Révérien Ndikuriyo. CTP considère que l'absence du Burundi des principaux dispositifs de paix entre la RDC et le Rwanda constitue une faiblesse importante des efforts internationaux de règlement du conflit.