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Mise à jour :
5 décembre 2021 Anglais

Edouard Balladur : « Nous ne menons pas d'opération militaire au Rwanda et les organisations non gouvernementales l'ont bien compris. C'était une des conditions de la réussite. Il ne s'agissait pas pour nous de prendre partie, dans une guerre civile, pour les uns ou pour les autres. Il s'agissait seulement de mener une action humanitaire »

Fiche Numéro 3533

Numéro
3533
Auteur
Poivre d'Arvor, Patrick
Auteur
Nakad, Nahida
Auteur
Renouil, Sébastien
Auteur
Marque, Isabelle
Auteur
Hémart, Gilles
Auteur
Gosset, Ulysse
Auteur
Cosset, David
Auteur
Allémonière, Patricia
Date
11 juillet 1994
Amj
19940711
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures [16:56]
Titre
Edouard Balladur : « Nous ne menons pas d'opération militaire au Rwanda et les organisations non gouvernementales l'ont bien compris. C'était une des conditions de la réussite. Il ne s'agissait pas pour nous de prendre partie, dans une guerre civile, pour les uns ou pour les autres. Il s'agissait seulement de mener une action humanitaire »
Soustitre
Le Premier ministre a également souhaité que les responsables des massacres soient recherchés et jugés par une juridiction internationale. Il a assuré que la France mettrait à la disposition des autorités internationales tous les renseignements qu'elle peut avoir.
Taille
52253694 octets
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Journal télévisé
Langue
FR
Résumé
- Edouard Balladur est intervenu devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à un moment où les soutiens tardent à se manifester. Les organisations humanitaires souhaitent par dessus-tout préserver leur indépendance et veulent prendre beaucoup de précautions pour pouvoir travailler en zone gouvernementale, c'est-à-dire non encore occupée par le FPR, ou dans la zone rendue sûre par les troupes françaises.
- Rushashi au nord-ouest du Rwanda est le plus récent camp de fortune du pays. Tous les jours, des milliers de Hutu fuient la capitale Kigali, traversent la ligne de front. Les survivants viennent se réfugier ici. Ils ne trouvent personne pour les aider. Les soldats français ne sont pas présents dans cette région, les organisations humanitaires non plus.
- Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés commence à peine à s'intéresser au sort des déplacés du Rwanda, mais il faudra des semaines pour que les aides arrivent.
- L'armée française, qui a pris en charge plusieurs camps de réfugiés dans le pays, lance des appels au secours : elle n'a pas les moyens de protéger et nourrir plus d'un million de réfugiés. Et les organisations humanitaires non gouvernementales traînent des pieds pour intervenir.
- Médecins du monde ne veut pas cautionner ce qu'elle appelle "la mission politico-militaire française". Médecins sans frontières tient le même discours. Philippe Biberson, "Président de Médecins Sans Frontières" : "On n'a pas non plus à apparaître comme cautionnant l'intervention Turquoise. Parce qu'il faut savoir qu'on est aussi de l'autre côté. Et qu'en apparaissant comme travaillant dans les valises de l'opération française, on s'interdit, pratiquement, de travailler parmi le parti qui considère que cette intervention française est injustifiée".
- Seule la Croix-Rouge achemine de la nourriture aux déplacés du Rwanda. Toutes les autres organisations semblent attendre la fin de l'opération Turquoise et le déploiement de l'ONU. Les déplacés risquent donc d'attendre plus d'un mois avant d'obtenir un minimum d'assistance de la part de la communauté internationale.
- En attendant c'est à l'armée française qu'il incombe de soigner les blessés. Le seul hôpital qui fonctionne réellement au Rwanda a été monté par elle, près de Cyangugu. Cette petite fille a été trouvée par des militaires dans un camp près de Gikongoro. Elle a les pieds mutilés par une mine et des éclats de grenade dans le dos. Après quelques soins sur la base, elle rejoindra ce groupe qui part en urgence, en hélicoptère, via Cyangugu, près de la frontière zaïroise. Destination : l'EMMIR, c'est-à-dire l'Élément médical mobile d'intervention rapide, la branche humanitaire de l'armée française, un super hôpital de campagne. Dans le service pédiatrie, la plupart de ces enfants sont des victimes de la guerre, blessés ou réfugiés.
- Le problème, c'est que lorsqu'ils sont guéris, on ne sait que faire de ces enfants et de ces adultes, venus souvent de très loin, seuls et sans ressources. Les autorités ou les camps rechignent à les prendre en charge. Pourtant l'hôpital ne peut les garder. À cause la guerre et de l'état sanitaire déplorable de la région, les patients sont de plus en plus nombreux chaque jour.
- C'est dans ce contexte, pour éviter cette solitude du gouvernement français, que le Premier ministre Edouard Balladur s'est rendu à New York devant le Conseil de sécurité de l'ONU, pour lui demander d'envoyer au plus vite des Casques bleus relayer les soldats français au Rwanda. Edouard Balladur : "Mon pays lance un appel pressant à la communauté internationale. Le sort d'un peuple et d'un pays dépend de notre capacité à agir pour que la mission de paix des Nations unies puisse être menée à bien".
- Patrick Poivre d'Arvor interview en duplex Edouard Balladur. Patrick Poivre d'Arvor : - "Vous êtes vous mis d'accord sur la date à laquelle les militaires français devaient quitter le sol rwandais ? Au Parlement, vous aviez parlé du 31 juillet et visiblement, Monsieur Boutros Boutros-Ghali préfèrerait que ça soit plutôt début septembre ?". Edouard Balladur : - "La vérité c'est que les Nations unies ont dû mal à mettre sur pied une opération de relais des forces françaises présentes au Rwanda. Si je suis venu, ici au Nations unies, c'est pour justement lancer un appel. Un appel qui avait trois buts : le premier, c'est de faire en sorte qu'on prenne le relais de l'action de la France dans les semaines qui viennent. Est-ce que ce sera le 31 juillet, est-ce que ce sera quelques jours après, quelques jours avant ? Je ne peux pas vous le dire précisément aujourd'hui. Mais j'ai obtenu un certain nombre d'assurances sur un certain contingent de pays étrangers dont on m'a affirmé qu'ils étaient prêts à arriver au Rwanda. Et puis je suis venu pour deux autres choses : d'abord pour que l'on mette en place aussi rapidement qu'il est possible l'aide humanitaire qui est indispensable". Patrick Poivre d'Arvor : - "Mais vous avez vu que les organisations non gouvernementales ne veulent pas se mêler à une opération militaire ?". Edouard Balladur : - "Mais écoutez, nous ne menons pas d'opération militaire au Rwanda et les organisations non gouvernementales, je crois, l'ont bien compris. Et c'était une des conditions de la réussite. Il ne s'agissait pas pour nous de prendre partie dans une guerre civile. Pour les uns ou pour les autres. Il s'agissait de mener une action humanitaire, et une action humanitaire seulement. Et c'est grâce à la France et c'est grâce aux soldats français qu'il y a des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui commencent à être nourris et qui sont mieux protégés. Enfin ma visite avait un troisième objet : c'est de faire en sorte que les droits de l'Homme soient mieux respectés qu'ils ne le sont au Rwanda. Ce qui veut dire deux choses : ça veut dire en premier lieu qu'un gouvernement régulier puisse être constitué. Et ça veut dire en second lieu que les responsables des massacres soient recherchés et soient jugés par une juridiction internationale. Et j'ai assuré, aussi bien le secrétaire général des Nations unies que le Conseil de sécurité, que la France mettrait à la disposition des autorités internationales tous les renseignements qu'elle peut avoir". Patrick Poivre d'Arvor : - "Le Premier ministre de transition au Rwanda dit que la France aurait dû intervenir beaucoup plus tôt, c'est-à-dire dès le début des massacres, dès le début avril. Qu'est-ce que vous en pensez ?". Edouard Balladur : - "Mais alors que disent-ils à ceux qui n'interviennent pas du tout ? Et qui sont l'immense majorité des pays du monde. Et justement, c'est cela le sens de ma venue aujourd'hui à New York : c'est un appel à la communauté internationale, un appel à tous les pays pour qu'ils prennent leurs responsabilités et qu'ils évitent ce qui peut être l'un des plus grands massacres auquel on aura assisté au XXème siècle en Afrique. Vous le savez, je suis profondément attaché à ce que la France ait en matière internationale une action politique qui soit à la mesure de son Histoire et de sa tradition. Et je suis très attaché à ce que la France, chaque fois qu'elle le peut, donne l'exemple. C'est la conception qu'elle se fait de son rôle moral, de son devoir moral. Dans tous les domaines nous essayons de faire en sorte que la France soit fidèle à sa mission et qu'elle concoure à établir la paix dans le monde". Patrick Poivre d'Arvor : - "Est-ce que tout au long de cette affaire, vous avez été en accord parfait avec le président de la République ? On l'avait dit plus interventionniste que vous, vous plus prudent". Edouard Balladur : - "Ce qui compte ce sont les résultats. L'action de la France telle qu'elle est menée aujourd'hui l'est avec l'accord de toutes les autorités qui au sein de l'État et de par la Constitution ont un pouvoir. Je n'ai pas à en dire davantage. C'est dire que l'action du gouvernement est également l'action du président de la République. Bref qu'elle est l'action de notre pays tout entier. Puisque je vous rappelle que je l'ai également fait approuver par l'Assemblée nationale. Pas approuver formellement par un vote mais j'ai rendu compte à l'Assemblée nationale et à plusieurs reprises de ce qu'était notre politique au Rwanda. Et j'ai recueilli l'approbation de la majorité de l'Assemblée".
- Depuis des semaines, des rescapés de la minorité tutsi mais aussi des Hutu qui ont refusé de participer aux massacres vivaient dans des camps de réfugiés créés par le FPR. Les militaires leur ont dit qu'ils devaient rentrer chez eux. Ils sont hantés par les scènes qu'ils ont vécu. Ils craignent qu'elles ne se reproduisent. Le futur leur fait peur. Pie [Mugabo], avocat membre du Parti libéral, appartient à l'ethnie hutu. Il a vécu caché pendant trois mois : la garde présidentielle, en avril, a voulu l'abattre avec toute sa famille. Il a réussi à s'enfuir. Tout le monde le croyait mort, même ses enfants. Pie Mugabo : "Les militaires ne savaient pas où j'habitais ! Mais ils connaissaient le quartier ! Ils venaient, ils avaient une liste et ils disaient : 'Untel habite où, untel habite où ?'. […] Personnellement, pardonner c'est difficile. Mais je pense qu'en tant qu'homme de loi, les coupables doivent être poursuivis et punis".