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Mise à jour :
3 janvier 2022 Anglais

Philippe Douste-Blazy : « Il y a une priorité politique : il faut que les réfugiés qui sont ici puissent revenir au Rwanda. Et pour ça, il faut qu'il y ait des garanties du nouveau gouvernement rwandais et que la communauté internationale le demande ! La France est seule à faire un geste politique »

Fiche Numéro 3557

Numéro
3557
Auteur
Narcy, Jean-Claude
Auteur
Berrou, Loïck
Date
24 juillet 1994
Amj
19940724
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures [7:59]
Titre
Philippe Douste-Blazy : « Il y a une priorité politique : il faut que les réfugiés qui sont ici puissent revenir au Rwanda. Et pour ça, il faut qu'il y ait des garanties du nouveau gouvernement rwandais et que la communauté internationale le demande ! La France est seule à faire un geste politique »
Soustitre
20 000 militaires des Forces armées rwandaises auraient franchi la frontière zaïroise pendant la déroute. Ils se rassemblent et s'organisent dans deux camps, au nord et au sud du lac Kivu.
Nom fichier
Taille
22832864 octets
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Journal télévisé
Langue
FR
Résumé
- Au Rwanda les réfugiés n'ont qu'un seul choix : la mort par choléra ou bien le retour au pays. On compte déjà 1 500 victimes par jour à Goma. La frontière entre le Rwanda et le Zaïre a été rouverte cet après-midi pour laisser passer ceux qui rentrent.
- C'est d'Entebbe, en Ouganda, que les gros porteurs américains ont décollé pour parachuter les vivres au-dessus du Zaïre voisin. D'autres avions vont directement sur Goma où sont réfugiés plus d'un million de Rwandais.
- Des parachutages au Rwanda, prêts de Gikongoro, dans la zone humanitaire de sécurité. Ce n'est pas le choléra mais la famine qui menace ici 1 700 000 personnes. Couvertures, boîtes de conserve, kits médicaux, les militaires français ont tenu à précéder très symboliquement leurs homologues américains qui ont effectué cet après-midi leurs propres largages sur le camp de Katale au Zaïre.
- Les parachutages, pour aussi spectaculaires qu'ils soient, ne sauraient répondre à l'ampleur de la tâche. L'urgence est absolue. L'hôpital de Goma, par exemple, consomme 1 500 litres de Ringer, un liquide de réhydratation indispensable à la lutte contre le choléra, par jour. Les nouvelles victimes arrivent sans cesse, on les entasse à même le sol. La mobilisation de la communauté internationale commence à peine à porter ses fruits. Il faudra deux à trois semaines pour enrayer l'épidémie. Des milliers de personnes meurent et mourront encore du choléra.
- En pleine santé par contre, les militaires des Forces armées rwandaises. Ils seraient 20 000 à avoir franchi la frontière zaïroise pendant la déroute. Ils se rassemblent et s'organisent dans deux camps, au nord et au sud du lac Kivu. L'esprit de revanche qui les anime est la hantise des organisations humanitaires qui refusent de leur porter assistance tant qu'ils ne seront pas désarmés. Les autorités zaïroises se sont engagées à le faire. Pour ces militaires des FAR, le retour est impossible, ils savent que le FPR ne fait pas de prisonniers.
- Philippe Douste-Blazy : "Je voudrais profiter de ce direct pour poser une question à la communauté internationale, en dehors de la France bien sûr, et aussi affirmer deux priorités. Ma question est de savoir est-ce que la communauté internationale pense qu'il s'agit d'hommes et de femmes comme vous et moi ici ? Si la réponse est 'non', alors c'est une autre discussion à laquelle je ne préfère pas participer. Si la réponse est 'oui', alors pourquoi les autres pays ne viennent pas aider la France ? Pourquoi il n'y a pas une solidarité de la communauté internationale plus forte ? Et la priorité, elle est humanitaire, bien évidemment. Ici, nous avons vu des milliers de morts depuis deux jours. Plus de 8 000 morts ici à Goma. Des petits paquets comme ça, je ne sais si vous savez ce que c'est : ce sont des petits bébés qui sont sur le bord des routes. C'est quelque chose d'absolument abominable. Il faudrait ici 10 millions de litres d'eau par jour et il y en a que 180 000 qui peuvent être distribués ! Il faudrait 500 tonnes de nourriture par jour et il y en a que 200 qui arrivent. Alors bien sûr, je sais que les Américains arrivent, les Israéliens vont venir, les Allemands. Mais, si c'est uniquement pour faire de l'aide humanitaire… Bien sûr qu'il faut des médecins, des infirmières, de la nourriture, des médicaments et de l'eau. Mais surtout il y a une priorité politique : il faut que les réfugiés qui sont ici puissent revenir au Rwanda. Et ça, il faut trois conditions : il faut qu'il y ait des garanties du nouveau gouvernement rwandais. C'est très important. Et pour ça, il faut que la communauté internationale le demande, les autres gouvernements ! La France est seule à faire un geste politique. Il faut que les autres gouvernements participent à cette action. Et puis la zone humanitaire, due aux soldats français qui ont travaillé de manière absolument remarquable, cette zone humanitaire elle a un million de personnes. […] Ce million de personnes, si on ne fait rien pour eux, vont arriver ici à Goma. Ça sera la catastrophe humanitaire la plus importante du XXème siècle. Si les réfugiés ne repartent pas au Rwanda le plus rapidement possible, alors il y aura en 15 jours des millions de morts ici ! C'est ça qu'il faut bien comprendre ! Et puis, je dirais aussi que la communauté internationale doit prendre ses responsabilités. La MINUAR II doit venir, les soldats de l'ONU doivent venir épauler les soldats de la France. La France ne peut pas continuer seule. C'est absolument impossible. C'est un problème de responsabilité si on ne veut pas que ces camps de réfugiés deviennent des camps de la mort ! […] Les ONG sont d'accord pour faire une route, comme ce qui avait été fait à l'époque pour le Kurdistan : une route avec des points sanitaires, une sécurité sanitaire, une sécurité hydrique ! Sécurité également politique, de façon à ce que ces réfugiés n'aient pas peur. Ils ont peur de se faire tuer actuellement. Et il faut qu'il y ait des soldats. Le général Lafourcade et ses hommes, qui font un travail extraordinaire ici, doivent être épaulés par d'autres soldats de l'ONU. S'ils ne viennent pas, ça sera catastrophique".
- Pierre Consigny, "Président de la Croix-Rouge Française" : "Tout manque. L'eau manque absolument. Mais les médicaments aussi manquent et les vivres. […] Il n'y a rien de comparable, rien qui puisse être comparé. Il y a d'ailleurs aujourd'hui Goma. Mais il y a également, à 200 kilomètres au sud de Goma, la zone de Bukavu, qui est une zone qui a recueilli 500 000 réfugiés, pour lesquels les mêmes questions commencent à se présenter aujourd'hui".