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Mise à jour :
5 août 2022 Anglais

À Kigali, les combattants sont désormais face à face, livrés à eux-mêmes et à leur folie sanguinaire. On se bat avec des armes de toutes sortes, qu'elles soient modernes ou à la machette

Fiche Numéro 29879

Numéro
29879
Auteur
Bilalian, Daniel
Auteur
Boisserie, Philippe
Auteur
Martin, Marcel
Auteur
Laudrin, Caroline
Auteur
Gaget, Valérie
Date
12 avril 1994
Amj
19940412
Heure
13:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 13 heures [4:29]
Titre
À Kigali, les combattants sont désormais face à face, livrés à eux-mêmes et à leur folie sanguinaire. On se bat avec des armes de toutes sortes, qu'elles soient modernes ou à la machette
Soustitre
L'état-major français craint qu'une nouvelle offensive du FPR n'entraîne une débandade de l'armée rwandaise, qui pourrait alors être tentée de se mettre sous la protection des forces françaises.
Nom fichier
Taille
15367509 octets
Source
Fonds d'archives
INA
Type
Journal télévisé
Langue
FR
Résumé
- Au Rwanda, la France, qui a rapatrié la totalité de ses résidents, ferme son ambassade à Kigali, comme l'ont fait les autres pays présents dans cette capitale.
- À Kigali, les combattants sont désormais face à face, livrés à eux-mêmes et à leur folie sanguinaire. Les morts se comptent par centaines voire par milliers, les blessés en tout cas par milliers. On se bat avec des armes de toutes sortes, qu'elles soient modernes ou à la machette.
- Tôt ce matin, l'ambassadeur de France a replié le drapeau qui flottait au-dessus de son ambassade et c'est accompagné d'une impressionnante escorte militaire qu'il s'est rendu à l'aéroport. Le temps de passer quelques consignes au colonel Poncet qui dirige les évacuations, le temps de lui dire au revoir et merci, il s'est engouffré dans un Transall avec les autres employés de l'ambassade. À 7 h 45, il n'y avait plus un seul Français au Rwanda.
- Durant toute la matinée, les militaires ont poursuivi les opérations d'évacuation des étrangers. Pendant qu'un bataillon allait récupérer trois Sœurs canadiennes en pleine campagne, d'autres épaulaient les soldats belges en centre-ville.
- Il y a une heure tous les soldats français ont été rapatriés à l'aéroport, leur mission est terminée. Reste encore une incertitude : quand partiront-ils ? Ici l'état-major craint qu'une nouvelle offensive du FPR n'entraîne une débandade de l'armée rwandaise. Une armée rwandaise qui pourrait être tentée de se mettre sous la protection des forces françaises. Une hypothèse très délicate à gérer.
- Surtout que le temps presse : ce matin le FPR prenait position sur toutes les collines entourant Kigali. Des soldats très déterminés et prêts à faire payer au prix du sang les terribles massacres de ces derniers jours. Après le départ des étrangers, le Rwanda semble plus que jamais promis au chaos.
- À l'instant même le gouvernement rwandais a fui la capitale Kigali qui est donc maintenant pratiquement aux mains des forces révolutionnaires.
- La communauté française du Rwanda et pratiquement tous les résidents étrangers sont donc sortis du pays. Les derniers sont arrivés ce matin très tôt à Roissy. Et d'abord un groupe de 94 orphelins recueillis par la Croix-Rouge et qui vivaient dans un orphelinat de Kigali.
- Ils ont fui l'orphelinat en une demi-heure, embarqués dans des voitures, dans des camions de l'armée française. Ils ont quitté le Rwanda sans savoir où ils allaient. Leur fuite s'est arrêtée cette nuit à l'aéroport de Roissy. La situation devenait trop dangereuse : à deux reprises déjà, des hommes avaient envahi l'orphelinat et tué neuf membres du personnel sous les yeux des enfants. Sœur Edith Budynek : "Ils sont venus avec les carabines, les pistolets, les machettes, les bâtons. La première fois qu'ils sont rentrés chez nous, vendredi [8 avril], la première chose qu'on a demandé c'est l'argent. On nous a vidé notre caisse".
- À trois heures du matin, emmitouflés dans des couvertures, les enfants traversaient Paris, direction Créteil. Les 94 enfants et la trentaine de personnes qui les accompagnent ont été pris en charge par la Croix-Rouge. Pour l'instant, ils sont hébergés dans un foyer de France Terre d'Asile. Une situation provisoire pour la directrice de l'orphelinat qui ne désespère pas de repartir bientôt avec les enfants dans leur pays.
- Quelques heures plus tard, toujours à Roissy, les larmes du soulagement. 375 Français et une centaine d'étrangers arrivent de Bujumbura. Tous ont vécu cloîtrés pendant plusieurs jours au milieu des bombardements, des tirs croisés. Ce n'est qu'en gagnant l'aéroport qu'ils ont constaté l'étendue des massacres.
- Pour la plupart coopérants, ces Français avaient conscience des tensions existantes entre Hutu et Tutsi, les deux ethnies du Rwanda. Un coopérant : "C'était déjà prévisible depuis quelques temps. Et je pense que le décès du Président a tout déclenché. Il fallait que ça explose. Et je crois que c'est pas fini, c'est pas pour demain".
- Avec l'appui des parachutistes, tous les Français qui souhaitaient quitter le Rwanda ont désormais été évacués.