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Mise à jour :
21 décembre 2021 Anglais

Philippe Douste-Blazy : « Ce que l'on voit ici est horrible et terrible. Terrible parce qu'après avoir connu trois mois de génocide exterminant plusieurs centaines de milliers de personnes, il faut échapper au génocide du choléra »

Fiche Numéro 3555

Numéro
3555
Auteur
Narcy, Jean-Claude
Auteur
Rybinski, Gauthier
Auteur
Joachim, Manuel
Auteur
Berrou, Loïck
Date
23 juillet 1994
Amj
19940723
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures [13:13]
Titre
Philippe Douste-Blazy : « Ce que l'on voit ici est horrible et terrible. Terrible parce qu'après avoir connu trois mois de génocide exterminant plusieurs centaines de milliers de personnes, il faut échapper au génocide du choléra »
Soustitre
L'aide tant espérée commence enfin à arriver. À Goma, un avion américain vient d'atterrir avec à son bord 40 tonnes de vivres et matériels.
Nom fichier
Taille
37116749 octets
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Journal télévisé
Langue
FR
Résumé
- Un peu de baume au cœur pour François Mitterrand : sa cote de popularité est en hausse, comme celle d'ailleurs d'Edouard Balladur, c'est ce qui ressort du sondage réalisé par l'IFOP pour Le Journal du dimanche à paraître demain. Le chef de l'État profite d'une hausse de cinq points, à 51 %. Le Premier ministre, lui, prend huit points : 58 % des Français sont très ou plutôt satisfaits de son action.
- Le dossier Rwanda à présent. L'aide tant espérée commence enfin à arriver. Traumatisée par les images diffusées par la télévision, l'opinion internationale se mobilise. À Goma, un avion américain vient d'atterrir avec à son bord 40 tonnes de vivres et matériels, qu'accompagnent d'ailleurs de nombreux médecins. Dans les camps c'est toujours l'horreur : le choléra a déjà fait 7 000 morts en quatre jours. Certains réfugiés ont même choisi de prendre le chemin du retour au pays.
- Depuis ce matin, quelques centaines de réfugiés tentent d'échapper à une mort certaine. Mais le chemin du retour est lui aussi dangereux. Car pour rentrer au Rwanda, il faut marcher sur des débris de grenades. Un homme en est mort aujourd'hui. Mais les autres ? Quand bien même voudraient-ils rentrer qu'ils n'en n'auraient pas la force. Dans les camps autour de Goma, il est parfois difficile de distinguer les morts des vivants.
- Le spectacle répété des corps allongés et agonisants fige les esprits et renforce la peur. Un réfugié : "On veut retourner dans notre pays. Mais à certaines conditions. La première condition, c'est que la sécurité de l'autre population soit assurée. Depuis trois ans, le FPR ne fait que tuer !".
- La frontière entre le Zaïre et le Rwanda est fermée depuis six jours, depuis l'afflux massif des réfugiés. Et ceux qui tentent de rentrer au Rwanda le font en essayant de contourner le poste frontalier puisque la route principale pour retourner au Rwanda est jonché de débris d'armement et de grenades qui sont parfois non explosés. Mais ce mouvement reste encore très marginal.
- Depuis 24 heures on parle d'arrivée massive d'aide humanitaire de France, des États-Unis mais sur le terrain c'est un petit peu l'Arlésienne. Il faut que tout ça se mette en place. Et pour l'instant, le personnel qualifié sur le terrain n'est pas assez nombreux.
- Un certain nombre d'éléments des Forces armées rwandaises sont passées au Zaïre lors de l'afflux massif de réfugiés. Tous n'ont pas été désarmés par les gardes-frontières et l'armée zaïroise. Ces forces rwandaises déambulent souvent au milieu des camps de réfugiés et essaient de remotiver un certain nombre de personnes. Elles jurent qu'elles vont reprendre le combat. Un certain nombre de personnes des organisations humanitaires, et même parfois des officiers de l'armée française, disent qu'il ne faut surtout pas laisser ces éléments incontrôlés, qu'il faut leur donner à manger, les nourrir, pour "calmer les loups avant qu'ils ne montrent les dents", c'est-à-dire avant qu'il n'y ait des incidents, par exemple avec l'armée zaïroise, qui bien évidemment ne voit pas d'un très bon œil ces éléments incontrôlés déambuler sur les routes de Goma.
- Outre les vivres américaines, la Commission européenne a débloqué 23 milliards de dollars pour envoyer du matériel de première urgence et 17 000 tonnes de céréales. Reste le problème de la logistique pour acheminer l'aide jusqu'aux camps. L'aéroport de Goma est passé d'une dizaine de mouvements quotidiens à une centaine. Et la piste est saturée et on manque de camions.
- À Munigi, on manque de main d'œuvre pour évacuer les cadavres du camp. Nous sommes ici à un bout de la chaîne humanitaire : celui de la mort et du désespoir. L'autre bout, sept à huit kilomètres seulement de là : l'aéroport de Goma. 18 avions s'y sont posés aujourd'hui, amenant près de 400 tonnes de fret. Mais 400 tonnes c'est insuffisant, surtout quand il faut ajouter au riz et à la farine le Ringer, le sel de réhydratation, et les pompes indispensables à la lutte contre le choléra.
- L'aéroport est saturé à chaque fois que l'un de ces énormes Antonov s'y pose. Il faut trois heures de travail pour refaire le tarmac. Ce sont les soldats du génie de l'air français qui s'en chargent. Ils doivent aussi faire la police aux abords de la piste. Beaucoup d'avions sont encore déchargés à la main. Et il faut pour finir subir le racket des autorités zaïroises : 10 000 francs par atterrissage.
- En aval de l'aéroport, la tâche est encore plus immense : entre les routes bondées et les pillages, il faut trois jours aux très rares camions disponibles pour atteindre les camps les plus éloignés. Mais la faim menace moins que le choléra : la priorité absolue est la mise en place d'un réseau d'assainissement de l'eau. Il faudrait des centaines de camions-citernes pour l'acheminer. Le Haut-Commissariat aux réfugiés en a quatre en état de marche.
- À la demande d'Edouard Balladur, le ministre français délégué à la Santé, Philippe Douste-Blazy, est arrivé ce matin à Goma pour une visite de 48 heures consacrée à l'évaluation des besoins médicaux et sanitaires. Philippe Douste-Blazy est accompagné de spécialistes des questions sanitaires. Mais il a aussi apporté avec lui des médicaments, une unité de pompage et de purification de l'eau capable d'assurer pendant un mois la distribution de l'eau à un million de réfugiés.
- Philippe Douste-Blazy : "Ce que l'on voit ici est horrible et terrible. Terrible parce qu'après avoir connu trois années de guerre civile, après avoir connu trois mois de génocide exterminant plusieurs centaines de milliers de personnes, la population rwandaise subit une marée humaine, un exode extraordinaire où plusieurs dizaines de milliers de personnes passent cette frontière zaïroise par heure ! Et je dois dire que c'est absolument terrible parce qu'après ce génocide, qu'on peut dire génocide des kalachnikovs ou des machettes, il faut échapper au génocide du choléra, des épidémies de choléra, des dysenteries, des méningites. On sait aujourd'hui qu'il faut cinq millions de litres d'eau par jour, alors qu'on ne peut en distribuer que 200 000. On sait qu'il faut 500 tonnes de nourriture par jour, alors que y en a que 200 qui arrivent. Donc c'est proprement inadmissible. J'ai appelé les ministres européens avant de partir pour leur dire ce que m'avait demandé le Premier ministre. Je crois qu'il faut qu'il y ait une grande solidarité. La raison humaniste ne triomphera de cette folie humaine que si nous sommes tous mobilisés. Si on ne veut pas que ces camps de réfugiés se transforment en camps de la mort, il faut réagir. C'est vraiment un appel. […] Ceux qui emploient des sarcasmes vis-à-vis de la France devraient comprendre leur propre passivité. Aujourd'hui, la France a été le seul pays à relever la tête face à cette catastrophe humanitaire sans précédent. Demain, la France jouera son rôle dans le cadre d'une communauté internationale solidaire. J'ai fait une route à deux heures d'intervalle. Quand je suis revenu au bout de deux heures, il y avait peut-être 500 cadavres de plus. Je crois que c'est quelque chose d'absolument horrible. On ne peut pas laisser cela. Il faut que les autres viennent, la France ne peut pas rester seule. C'est impossible".
- Le gouvernement allemand vient de mettre deux avions de transport Transall à la disposition du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. L'Allemagne va aussi fournir une vingtaine de productions d'eau potable. De son côté, Niki Lauda, l'ancien champion du monde de Formule 1 met gratuitement à la disposition de l'action humanitaire un Boeing de sa compagnie "Lauda air".
- Marc Gentilini, "Chef Service Maladies Infectieuses et Tropicales, Pitié-Salpêtrière, Paris" : "On ne peut pas enrayer l'épidémie par des médicaments. Encore moins par des vaccins. C'est trop tard. Il faut l'enrayer par le contrôle de l'eau et par l'apport nutritionnel de la population. Ce sont les deux conditions majeures qui permettront de maîtriser la diffusion du vibrion cholérique qui est à l'origine de cette épidémie très probablement. Tous les risques sont à envisager, c'est une situation atroce. Les images qui ont été montrées le prouvent. Mais c'est surtout une situation absurde. Et il est absurde que la France soit seule présente. Et il est absurde qu'on ait tant tardé à apporter les moyens du contrôle de l'état sanitaire de ces populations qui fuient, dont on savait qu'elles devraient fuir et qu'on recueille maintenant dans des camps qui ne sont pas préparés. Si l'Europe et les États-Unis se mobilisent, il y a tout lieu d'espérer une maîtrise de la situation. Mais il faut faire vite et il faut faire fort. […] Il est certain que la situation, qui était déjà catastrophique au Rwanda pour l'affection du SIDA va s'en trouver renforcer par toutes ces migrations qui peuvent infecter, répandre, disperser les virus et les bactéries".