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Mise à jour :
22 décembre 2021 Anglais

Quand ils n'ont pas été tués par la violence interethnique, beaucoup d'enfants du Rwanda se retrouvent orphelins

Fiche Numéro 3559

Numéro
3559
Auteur
Bromberger, Dominique
Auteur
Rybinski, Gauthier
Auteur
Joachim, Manuel
Auteur
Allémonière, Patricia
Auteur
Bellot, Jean-Michel
Date
25 juillet 1994
Amj
19940725
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures [8:14]
Titre
Quand ils n'ont pas été tués par la violence interethnique, beaucoup d'enfants du Rwanda se retrouvent orphelins
Soustitre
L'armée américaine a suspendu aujourd'hui ses parachutages de vivres aux réfugiés. Les parachutages avaient été très critiqués par les organisations humanitaires.
Nom fichier
Taille
29997574 octets
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Journal télévisé
Langue
FR
Résumé
- Deux chiffres terribles nous parviennent aujourd'hui du Zaïre : près de 14 000 personnes sont mortes depuis six jours dans la région de Goma, en majorité des suites de l'épidémie de choléra. Deuxième chiffre : plus de 100 000 enfants rwandais seraient séparés de leurs parents.
- Quand ils n'ont pas été tués par la violence interethnique, beaucoup d'enfants du Rwanda se retrouvent orphelins. Et dans une indifférence qui n'a d'égal que l'immensité de leur désarroi silencieux. Enfants du malheur jusqu'au bout, ceux-ci sont 4 000 à avoir échoué dans un orphelinat de l'UNICEF près de Goma. Un orphelinat qui bien involontairement mériterait plutôt le nom de mouroir.
- Il y a des ébauches de solutions individuelles qui commencent à voir le jour. Janvier a 25 ans, il est réfugié rwandais. En fuyant son pays, il a recueilli sept enfants qui désormais ont le sourire lorsqu'ils le retrouvent le soir. Parce qu'il est débrouillard et qu'il avait un peu d'argent, il a réussi à échapper au pire. Pour éviter ces orphelinats, il faudra bien qu'un jour Janvier puisse rentrer au Rwanda avec ses sept enfants. Et surtout, qu'on l'aide.
- L'armée américaine a suspendu aujourd'hui ses parachutages de vivres aux réfugiés. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés ne lui a pas donné de nouvelles autorisations de vol. Les parachutages avaient été très critiqués par les organisations humanitaires. Aujourd'hui l'Australie et la Russie ont annoncé qu'elles se joignaient aux opérations d'aide. Mais tout cela a beaucoup de mal à se mettre en place.
- La course contre la mort s'est engagée. D'un peu partout, des États-Unis, d'Allemagne, de France, de Belgique, d'Israël, d'Australie, des gros-porteurs bourrés de nourriture et de médicaments décollent. Des médecins et des experts en fabrication d'eau potable prennent aussi la route pour Goma. Mais la bonne volonté ne suffit pas. Les largages organisés hier par les États-Unis ont été vivement critiqués et ont dû être interrompus ce matin. Trop de précipitation. Les colis de vivres ont atterri en pleines plantations de café, ils sont difficilement récupérables. L'endroit choisi, le camp de Katale, n'était pas justifié : les réfugiés avaient à cet endroit assez de nourriture pour survivre. Certaines organisations humanitaires sur place parlent de farce.
- Le Haut-Commissariat aux réfugiés tente de calmer les esprits et de mettre de l'ordre dans l'acheminement de l'aide. Des négociations sont en cours avec les États-Unis sur la reprise du pont aérien. Le HCR ne veut plus de ratés : il veut répartir et distribuer la nourriture, les médicaments et l'eau potable en fonction des besoins des différents camps. Ses responsables s'inquiètent aussi de ne pas voir arriver les équipes spécialisées dans la construction des sanitaires. Sans latrines, le choléra continuera sa progression. L'épidémie a déjà fait 11 000 victimes. Elle pourrait toucher 80 000 personnes.
- Les Américains ont peur qu'une opération de grande envergure qui ne serve pas à grand chose, comme ça a été le cas en Somalie, se répète. Tout le monde est en train de dire : "Nous voulons bien y aller, mais pas tout seul". Tant bien évidemment l'échec d'une telle mission serait catastrophique. Et c'est un peu la peur des Américains aujourd'hui.
- Il y a toujours eu depuis l'établissement de la zone de sécurité française des petits accrochages et des actes de pillage. Jusqu'à présent l'armée française parlait d'actes de pillage de la part de milices hutu. Aujourd'hui elle dit qu'il s'agit de véritables accrochages. Cela a une raison très précise. Il s'agit de donner au nouveau gouvernement de Kigali, au nouveau gouvernement rwandais, des gages de bonne volonté en disant à ce gouvernement : "Vous voyez, nous ne faisons pas le jeu des milices hutu, des milices ex-gouvernementales. Mais vous, en échange, multipliez les appels au retour et tout ira mieux".
- Il faut préciser qu'il s'agit d'accrochages avec les milices et non pas avec les anciennes forces armées du Rwanda. Les anciennes forces armées du Rwanda sont essentiellement concentrées au Zaïre, à côté de Goma. Alors que bien évidemment, dans la zone Turquoise, un certain nombre de miliciens, ceux qu'on appelle les Interahamwe, qui étaient les auteurs principaux des massacres, se sont fondus dans la population et mènent une guérilla de dernier espoir.
- Un beau geste à relever : celui de Richard Virenque, le vainqueur du grand prix de la montagne dans le Tour de France. Le champion français a annoncé qu'il faisait don de ses gains du Tour à l'organisation Médecins sans frontières pour aider les réfugiés du Rwanda. Cela représente 250 000 francs. Et Virenque veut également mettre aux enchères son maillot blanc à pois rouges et puis son vélo.
- Il aurait pu se contenter d'avoir une pensée obsessionnelle pour sa propre souffrance. Il aurait pu aussi empocher les 250 000 francs de magot que son talent lui a permis d'accumuler durant les trois semaines du Tour 94. Mais il y a eu ces images, ces images terribles, que chaque soir il découvrait et qui lui gâchait autant son plaisir de vainqueur que sa sérénité d'être humain géographiquement bien né. Alors hier après l'arrivée sur les Champs, Richard Virenque a fait don de la totalité de ses gains à Médecins sans frontières.