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Mise à jour :
8 décembre 2021 Anglais

Professeur Alexandre Minkowski : « Le départ de l'armée française est catastrophique. Je veux pas chanter des cocoricos, mais cette bande de jeunes gens, avec des officiers exemplaires, ont trouvé une nouvelle motivation remarquable : c'est l'action humanitaire. Nul n'est mieux équipé que l'armée pour faire ça. C'est étonnant. Mieux même que toutes les ONG »

Fiche Numéro 3588

Numéro
3588
Auteur
Bromberger, Dominique
Auteur
Pons, Nellie
Auteur
Dupont, Mathieu
Date
16 août 1994
Amj
19940816
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures [9:55]
Titre
Professeur Alexandre Minkowski : « Le départ de l'armée française est catastrophique. Je veux pas chanter des cocoricos, mais cette bande de jeunes gens, avec des officiers exemplaires, ont trouvé une nouvelle motivation remarquable : c'est l'action humanitaire. Nul n'est mieux équipé que l'armée pour faire ça. C'est étonnant. Mieux même que toutes les ONG »
Soustitre
À Goma, l'urgence concerne aujourd'hui les enfants, orphelins ou abandonnés. Par dizaines chaque jour, ils continuent d'affluer vers les orphelinats déjà surchargés.
Taille
27837547 octets
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Journal télévisé
Langue
FR
Résumé
- Lundi prochain [22 août] les derniers Français présents au Rwanda quitteront le pays. Les réfugiés s'en inquiètent. Plus au nord, à Goma au Zaïre, la situation dans les camps est toujours très difficile. Sur 800 000 réfugiés de la région de Goma, plus de la moitié sont des enfants.
- Il tient à peine sur ses jambes tant le manque de nourriture l'a affaibli. Un vieux l'a trouvé seul au bord de la route et l'a amené à l'orphelinat de ce camp de réfugiés. Il est arrivé ce matin et personne ne sait rien de l'histoire de cet enfant perdu. Lui par contre se souvient et raconte que ses parents sont morts dans un bombardement. Mais quand on lui demande depuis combien de temps il est ici, il dit un an ou bien trois mois. Il a complètement perdu la notion du temps.
- Parfois la chance sourit à quelques-uns, comme ce bébé âgé d'à peine un mois que son père vient de retrouver parmi les orphelins du camp. Ils sont un millier ici, accueillis par l'organisation irlandaise "Goal", qui a monté l'orphelinat depuis une semaine.
- Si depuis quelques jours les distributions d'eau et de nourriture ont facilité la vie dans les camps et permis d'enrayer l'épidémie de choléra, les enfants plus faibles et mal nourris souffrent encore de toute sorte de maladies. Malgré les soins et les médicaments, chaque matin, quelques dizaines d'entre eux sont retrouvés morts sous les tentes. Une infirmière irlandaise explique que la première cause de mortalité est la pneumonie. Mais ils meurent aussi de dysenterie et peut-être aussi du virus HIV. Il y a un grand nombre d'enfants atteints du SIDA.
- En dehors des camps, des orphelinats privés en ville ont dû accueillir des centaines d'enfants alors que rien ne les y préparait. Hormis la bonne volonté de ceux qui y travaillent, de l'aveu même du médecin de ce centre zaïrois, on y manque de tout. Dr Mukanya Mbuyi, "Médecin, Association Zaïroise 'CAREA'" : "C'était d'abord un orphelinat. Maintenant c'est devenu pratiquement un hôpital. Pratiquement, il nous manque tout. Et ça fait que certaines maladies passent inaperçues pendant des jours. Et on vient les découvrir seulement après".
- À Goma, l'urgence concerne aujourd'hui les enfants, orphelins ou abandonnés. Par dizaines chaque jour, ils continuent d'affluer vers les orphelinats déjà surchargés.
- Professeur Alexandre Minkowski, "Pédiatre - Membre du Comité d'Honneur de l'UNICEF" : "On a parlé de la plus grande catastrophe humanitaire de tous les temps. Je voudrais quand même un peu démystifier ça pour ne pas oublier les autres. Sachez qu'à l'UNICEF on a fait le compte : il y a 35 000 enfants de moins de cinq ans qui meurent dans le tiers-monde dans l'indifférence la plus totale. C'est ce que j'appelle 'l'Holocauste silencieux'. […] Il faut pas oublier que là-dedans, il y a l'immense masse des orphelins et des enfants, traumatisés, qui errent avec ou sans leurs parents dans le no man's land du Rwanda du nord et dans la partie sécurisée par la merveilleuse armée française. Comme elle s'en va, tout le monde va s'en aller parce qu'on a confiance que dans l'armée française. Alors je m'inquiète beaucoup. Puisque vous me dites ce qu'il faut faire dans l'immédiat : le départ de l'armée française est catastrophique. Je veux pas chanter des cocoricos, mais cette bande de jeunes gens, avec des officiers exemplaires, que j'ai vu aussi en Bosnie, pareil, ont trouvé une nouvelle motivation remarquable : c'est l'action humanitaire. Nul n'est mieux équipé que l'armée pour faire ça. C'est étonnant. Mieux même que tous les ONG. Par conséquent je crois qu'il faudrait faire l'impossible pour que l'Europe, pour une fois, ne baisse pas son pantalon. Or qu'est-ce qui va se passer ? Les Français seront partis, il y aura des vagues contingents de Ghanéens, etc. Les gens foutent le camp et je les comprends. Ils ont peur sans les Français. Donc, premièrement, il faut que l'ONU fasse autre chose que des paroles. Il faut que l'Europe se mobilise. Et c'est sa honte actuellement ! C'est sa honte de n'avoir rien fait. Donc j'insiste sur le problème politique. Deuxièmement, il faut s'intéresser à ce que vont devenir ces gens. Moi j'ai l'habitude d'aller dans ces pays, comme le Cambodge, où tout le monde a une psychopathie traumatique par les crimes qu'ils ont vus. [Il est nécessaire d'apporter à ces gens] un soin psychothérapique. C'est une urgence prioritaire. Il faut que ces sujets ne soient pas des cadavres vivants pour qu'ils deviennent opérationnels dans leur pays".