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Mise à jour :
28 octobre 2021 Anglais

Un changement de taille dans l'opération Turquoise : les paras français ont reçu l'ordre de s'opposer à l'avancée des troupes du FPR. Bernard Granjon : « Empêcher que ces assassins soient arrêtés, soient jugés, soient condamnés, c'est une politique exécrable ! ». François Rutayisire : « Ce n'est une mission humanitaire, c'est en réalité pour protéger les bourreaux du peuple rwandais »

Fiche Numéro 29092

Numéro
29092
Auteur
Pernaut, Jean-Pierre
Auteur
Ferey, Jean-Pierre
Auteur
Laurent, Ghislaine
Auteur
Berrou, Loïck
Date
5 juillet 1994
Amj
19940705
Heure
13:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 13 heures
Titre
Un changement de taille dans l'opération Turquoise : les paras français ont reçu l'ordre de s'opposer à l'avancée des troupes du FPR. Bernard Granjon : « Empêcher que ces assassins soient arrêtés, soient jugés, soient condamnés, c'est une politique exécrable ! ». François Rutayisire : « Ce n'est une mission humanitaire, c'est en réalité pour protéger les bourreaux du peuple rwandais »
Soustitre
Mais pour Alain Juppé et François Mitterrand, il s'agit seulement de protéger la population.
Taille
30107 octets
Nb. pages
4
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
FR
Résumé
- Un changement de taille dans l'opération Turquoise au Rwanda : les paras français ont reçu l'ordre de s'opposer à l'avancée des troupes rebelles du FPR dans l'Ouest du pays. Même si François Léotard et François Mitterrand réaffirment le caractère humanitaire de l'opération, celle-ci a bel et bien changé de nature.
- L'évolution est incontestable : au début de l'opération, les troupes françaises avaient ordre d'éviter le contact avec les combattants. Aujourd'hui, elles ont ordre de faire face. En fait, tout tourne autour de la zone de sécurité que la France voulait créer. Mais devant les lenteurs de la diplomatie, elle a décidé de l'imposer en mettant tout le monde devant le fait accompli.
- Cette zone couvre à peu près un cinquième du pays au sud-ouest. C'est la seule réponse que le gouvernement français a trouvé pour faire face à l'afflux de réfugiés, toutes ethnies confondues, et pour arrêter les massacres qui continuent dans les zones non contrôlées. Le dispositif français a pour objectif d'interdire toute intrusion armée dans cette zone. Amiral Jacques Lanxade, "Chef d'état-major des Armées" : "La limite de cette zone passe dans l'Est de Gikongoro. Et nous avons indiqué au FPR que nous ne souhaitions pas qu'il entre dans cette zone. Les soldats français sont là pour marquer les limites de cette zone. Et je ne pense pas qu'ils aient à s'opposer militairement au FPR. Car je ne crois pas que le FPR franchira".
- L'ennui, c'est que le FPR a déclaré nettement qu'il ne reconnaissait pas cette zone. Alors que peut-il se passer ? Une chose est certaine, les troupes françaises ont reçu l'ordre d'user de la force pour empêcher toute exaction. Alain Juppé l'a réaffirmé ce matin. Alain Juppé, "Ministre des Affaires étrangères" : "Vous imaginez que les troupes françaises de l'opération Turquoise, qui sont dans une zone bien connue, laissent massacrer sous leurs yeux des hommes et des enfants ? Non. S'il y a des troupes -- je le répète, quelles qu'elles soient -- qui viennent s'attaquer aux camps de réfugiés, qui viennent s'attaquer à des groupes isolés actuellement terrorisés, nous ne laisserons pas faire".
- François Mitterrand qui termine aujourd'hui sa visite en Afrique du Sud a évoqué la situation au Rwanda. Il appelle l'ONU à envoyer rapidement des troupes. Et lui aussi a réaffirmé le caractère humanitaire de l'opération Turquoise. François Mitterrand : "La France n'entend pas mener d'opération militaire au Rwanda contre qui que ce soit. Le sort des Rwandais dépend des Rwandais. Le Front patriotique rwandais n'est pas notre adversaire ! Nous ne cherchons pas à retenir son éventuel succès ! Nous disons simplement : 'Il faut bien qu'il y ait quelque part un endroit où des gens en péril puissent trouver secours'. Nous tendons une main secourable. Là s'arrête notre action. Et nous sommes au regret de constater que les organisations internationales n'ont pas déjà mis en place le dispositif qui permettrait de ne pas laisser supporter cette charge à la France seule".
- Dès le démarrage de l'opération Turquoise le Front patriotique rwandais avait accusé la France de ne venir dans ce pays que pour soutenir l'armée gouvernementale. Pour Alain Juppé et François Mitterrand. Mais plusieurs associations humanitaires comme Médecins du monde n'y croient pas vraiment. Pour eux, une priorité : s'en prendre aux extrémistes hutu. Bernard Granjon, "Pdt 'Médecins du Monde'" : "Faire ce que fait la France, c'est-à-dire contenir les assassins patentés connus, reconnus par tout le monde, empêcher que ces assassins soient arrêtés, soient jugés, soient condamnés, c'est une politique exécrable !".
- Une opinion que partage encore plus fermement le Front patriotique rwandais. François Rutayisire, "Représentant F.P.R. à Paris" : "Ce n'est pas en réalité une mission humanitaire, c'est pour protéger les bourreaux du peuple rwandais. Les Forces armées rwandaises, les miliciens et les forces politiques sont en train de perdre la partie, ils se réfugient dans l'Ouest du pays sous l'aile protectrice de la France".
- Pendant ce temps-là, dans tout le pays, les militaires français et les soldats de l'ONU continuent à découvrir, jour après jour, là un charnier, là un orphelinat abandonné. Par exemple cet orphelinat où depuis des mois 288 survivants des massacres vivent dans des conditions pitoyables.