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Mise à jour :
25 octobre 2021 Anglais

Selon le colonel Rosier, un accrochage entre 1 000 à 2 000 hommes du FPR et les milices hutu appuyées par l'armée gouvernementale se serait déroulé à 15 kilomètres de la ville de Kibuye. Résultat : il pourrait couper en deux le dispositif français

Fiche Numéro 29049

Numéro
29049
Auteur
Poivre d'Arvor, Patrick
Auteur
Jentile, Catherine
Auteur
Nakad, Nahida
Auteur
Faucon, Régis
Date
27 juin 1994
Amj
19940627
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures
Titre
Selon le colonel Rosier, un accrochage entre 1 000 à 2 000 hommes du FPR et les milices hutu appuyées par l'armée gouvernementale se serait déroulé à 15 kilomètres de la ville de Kibuye. Résultat : il pourrait couper en deux le dispositif français
Soustitre
Édition spéciale Rwanda [Avec notamment des reportages dans le camp de Nyarushishi, à Kibuye et à Gisenyi].
Taille
53969 octets
Nb. pages
12
Source
TF1
Fonds d'archives
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
FR
Résumé
- Il s'est déroulé au Rwanda essentiellement du 6 au 20 avril un véritable massacre que l'on peut qualifier de génocide puisque le nombre de victimes se chiffre par centaines de milliers.
- Octobre 1990 : les paras français débarquent pour la première fois au Rwanda. Paris vient de choisir con camp : celui du très contestable Juvénal Habyarimana, ancien ministre de la Défense arrivé au pouvoir en 1973 à la suite d'un coup d'État. Ce soutien ne sera jamais démenti. En 1993, devant une nouvelle poussée du FPR, Paris sauve à nouveau le régime. La France engage alors près d'un millier d'hommes. Certains participent activement aux combats en servant les armes que la France déverse généreusement sur l'armée rwandaise.
- L'antagonisme Hutu-Tutsi ne date pas d'hier. Il n'est pour autant pas aussi naturel ou séculaire qu'on voudrait le faire croire et le colonisateur belge porte une lourde responsabilité.
- À Kigali, l'hôpital de la Croix-Rouge reçoit plus de 50 blessés par jour. Les blessés affluent au rythme des bombes que l'on entend toutes proches. L'hôpital de la Croix-Rouge improvisé il y a deux mois est aujourd'hui le seul à opérer dans le centre-ville de Kigali, pilonné par les forces rebelles. Un chirurgien, huit infirmières y travaillent nuit et jour dans un chaos organisé. Aux victimes des milices hutu des premières semaines, succèdent aujourd'hui celles des bombardements et des combats qui se déroulent à quelques centaines de mètres. L'hôpital lui-même n'a pas été épargné. Docteur Mudo-Boyer, "Infirmier-Anesthésiste" : "On risque surtout des obus, des erreurs de tir en fait".
- Devant l'église de Kibuye, la trace d'un bulldozer qui a eu beaucoup de mal à effacer les traces de l'horrible massacre qui s'est passé dans cette église.
- Dans le camp de Nyarushishi, les enfants ont des regards de vieux et les vieillards se recroquevillent comme des bébés. Les générations unies dans une même souffrance. Il y a ici plus de 8 000 personnes. Juste avant l'arrivée des militaires français, les miliciens venaient certaines nuits s'offrir leur lot de victimes. Un rescapé : "On arrivait même à enterrer les gens encore vifs. Ou bien ils les brulaient vivants, dans les maisons. Les femmes et les enfants, on les jetait dans les fosses, encore vivants. Et les femmes qui étaient enceintes on les éventraient, c'était abominable".
- Sœur Andrée de la mission de Sainte-Marie de Kibuye : "Ce sont les autorités locales qui par bienveillance sont venues nous chercher pour notre protection. […] Personnellement, en tant que religieuse, je ne peux pas prendre de parti pour [les Hutu ou les Tutsi]. Pour moi c'est tout le peuple qui souffre. Et je crois qu'on ne peut pas parler de coupables, de victimes".
- À l'hôtel Méridien à Gisenyi, se trouve le siège provisoire du gouvernement rwandais en exil. Ce sont les membres de ce gouvernement qui sont accusés des massacres de milliers de Tutsi. Le Président rwandais et ses ministres nient bien sûr avoir commandité ces massacres. Justin Mugenzi, "Ministre de l'Industrie du Gouvernement Rwandais" : "Les massacres qui ont eu lieu ont été des massacres organisés par la population spontanément. […] Les milices, il faut bien comprendre le sens dans lequel nous avons recruté : le gouvernement a appelé la population à la résistance. C'est une résistance civile". Colonel Anatole Nsengiyumva, "Commandant Région Gisenyi" : "Nous surveillons les gens pour voir s'ils ne travaillent pas pour le FPR".
- En direct dans la nuit de Bukavu, Catherine Jentile : "Ce sont des informations encore à prendre avec précaution que nous a livrées le colonel Rosier, qui est responsable du dispositif ici dans le Sud. Et plus précisément, c'est à 15 kilomètres de la ville de Kibuye que s'est déroulé cet accrochage qui a commencé ce matin à 11 heures et demi et s'est terminé en début d'après-midi. Il aurait opposé d'un côté les forces du FPR et de l'autre les milices hutu, appuyées par l'armée rwandaise. Ce qui est spectaculaire dans cette affaire, c'est donc l'endroit où s'est déroulé l'affrontement. C'est-à-dire qu'on avait toujours parlé, depuis longtemps, d'infiltrations des hommes du FPR. Mais si le chiffre dont on dispose actuellement, et qui est de 1 000 à 2 000 hommes du FPR présents dans cette région, évidemment on ne peut plus parler d'infiltrations mais d'une véritable percée du Front patriotique rwandais. Alors résultat : il pourrait ainsi couper en deux la zone gouvernementale d'est en ouest. Mais également couper en deux le dispositif français, qui lui se déploie du nord au sud. Alors qu'est-ce qu'il peut se passer maintenant ? Les Français nous ont confirmé ce soir que leurs ordres étaient toujours les mêmes, c'est-à-dire d'éviter le contact avec les hommes du FPR. Mais la distance la plus courte entre les hommes du FPR et les troupes françaises est de cinq kilomètres. Evidemment dès lors, on ne peut plus exclure aucune hypothèse".
- La moitié du dispositif français est à pied d'œuvre : 1 400 hommes, 10 hélicoptères, 300 véhicules en tout genre, dont neuf auto-mitrailleuses. Et des VAB, sorte d'ambulances blindées. Il y a sur les aéroports de Goma et Bukavu plus de 20 rotations quotidiennes amenant hommes et matériels. Le dispositif sera complet avant la fin de cette semaine, selon le général Lafourcade.
- En direct dans la nuit de Goma, Régis Faucon : "[À propos des] très dangereuses milices hutu, qui sont considérées comme les principaux responsables du génocide […], l'état-major est très discret mais il semble que lorsque l'armée et ces gens-là se sont croisés, les Français les ont désarmés".
- Le Premier ministre vient de confirmer qu'il n'était pas question que les militaires français fassent de l'interposition au Rwanda. De son côté, Pierre Messmer a estimé que la France devait cesser d'être un gendarme néocolonial.
- Si vous voulez aider cette population dans le malheur, vous pouvez adresser vos dons au Secours catholique qui, avec Caritas, a affrété cinq avions pour le Rwanda et le Burundi.
- Selon Le Monde, l'ancien commandant du GIGN, Paul Barril, travaillant pour la veuve du Président rwandais assassiné, détient la boîte noire de l'avion abattu. Mais cette boîte noire n'a toujours pas parlé.